Je ne serai jamais une star du rock
C’est a 6h28 lorsque « allelujah » retentit dans le casque bien équilibré de ma vieille pute de Ipod (dont certaines musiques reviennent comme un client préféré) que je fais le constat suivant : je ne serai jamais une star du rock.
Je ne sais vibrer à l’unisson de ma guitare, je ne sais enflammer par mes silences, car les seuls silences que je sais pratiquer sont des silences téléphoniques, et qui n’ont pas le même effet que celui d’un chanteur qui ferme les yeux et respire sur une scène, devant une salle de 2000 personnes.
Je ne serai jamais non plus un acteur célèbre. Mes silences n’auront pas la classe des silences de Mozart…
Il me reste ma grotte, le refuge de mes rêves, le lieu dans lequel je forge ce que je peux, pour l’exposer ensuite, vitrine vivante de ce que je suis, témoin muet, registre devenu poussiéreux à force de n’être jamais consulté, mais qui s’emplit tout de même encore et encore par l’intérieur, et le fera encore et encore a mesure que je vivrai. La mort m’arrêtera sans doute? A moins que la prochaine vie soit pour moi, à moins que l’accomplissement ne vienne, dieu sait comment, perturber ma tortueuse quiétude…
Ca marche à travers vous…
Il semblerait parfois que l’on ne soit que l’instrument d’un tout plus grand qui nous emporte vers une destination inconnue. Une destination qui paraît briller, flamboyante, qui semble un début de quelque chose qui nous dépasse. Comment savoir si c’est du fantasme, du rêve ou autre chose? Parce que cela marche à travers vous. Cela vous transforme en une entité qui navigue automatiquement sans avoir son mot à dire. C’est presque simple, évident, facile, cela semble se servir de vous comme d’un réceptacle, comme d’un outil. Cela vous prend tout entier, vous envahit et ne vous lâchera pas avant que tout soit parachevé…
Il semblerait parfois que l’on devienne tout entier ce qu’on cherche à atteindre, il semblerait qu’on devienne la montagne que l’on gravit, avant même d’en avoir découvert le sommet, il semblerait que lorsque tout sera fini, il faille aller vers d’autres batailles et d’autres conquêtes pour que les choses aient encore du sens…
Le tragique destin du lama Péruvien
Alors que, profitant de m’être levé tôt en un de ces dimanches hivernaux du moment, je me décide, comme cela est parfois le cas, d’aller au marché, m’acheter un poulet et quelques clémentines, car c’est la saison du poulet et pourquoi pas des clémentines. Et là, sans être sous l’effet d’aucune substance, je tombe sur un lama. Je ne comprend pas. Que vient faire un lama ici? C’est anachronique! Je ne comprend pas! Et je ne parviens pas non plus à comprendre comment je peux être le seul que cela choque… Les gens font leur marché imperturbables, comme si couramment on croisait des lamas. Peut-être au coin de la rue se trouve aussi un éléphant ou un orignal? Peut être, comme dans les romans et séries d’anticipation, type sliders ou stargate, je me suis propulsé dans mon sommeil à l’intérieur d’un univers parallèle, en tous points identique au mien, sauf que lamas et humains coexistent naturellement ? Non… Je vois après qu’une grosse dame ait acheté ses légumes et se soit éloignée nonchalamment qu’une partie du mystère m’était dissimulée: le lama est tenu par une laisse, mené par un homme portant sur son t-shirt l’enseigne d’un cirque. Me voyant, sans doute afin de m’informer, il hurle dans un mégaphone que l’on peut aller cet après midi au chapiteau. J’imagine donc le tragique destin de ce lama péruvien, capturé sur les sommets éternels, aux abords du Machu Pichu, emporté à des milliers de kilomètres de chez lui, par avion, pour déambuler au mois de décembre, au milieu des tomates dans le marché de livry gargan.
Ce pauvre animal ! La vie s’est vraiment foutue de sa gueule…
ZZ Top !
Il se promène dans les couloirs, repère ses proies et se jette dessus. C’est un aigle, un aigle qui cherche à dévorer la brebis. Mais l’aigle est miteux et la brebis trop forte et trop rapide. C’est un aigle décharné, ringard, nigaud, qui porte une chemise jaune pour faire original, mais qui ne sait parler que travail. Il décale des formations et des réunions pour prendre en charge personnellement l’arrivée de la petite nouvelle. Il transporte sur son épaule un énorme zizi, et semble le proposer à chaque fois qu’il parle d’un dossier, d’une procédure, ou d’une entité. Il ne se tait jamais, car le silence est d’or, et il est constamment en train d’essayer implicitement d’opérer un rapprochement qui se solde par l’échec flagrant de l’indifférence. Il passe des nuits au fond du lit, à imaginer un monde parallèle, un monde dans lequel elles veulent de lui, dans lequel il n’est pas Jean-Claude Dus mais Popeye, dans lequel il est G.O et non pas client désespéré. Il est l’homme à la bite à la main…
c’est mon banc*
[Extrait]*

Dans la grande salle qui surplombait de sa haute position le monde aux cent falaises, un homme priait, sur le banc le plus central de la cathédrale. Il avait les yeux fermés, et les luminoles qui volaient tout autour de lui témoignaient de sa ferveur et de la force de ses voeux. C’était un empathe. Alaïse s’approcha.
« C’est mon banc… »
Il s’éveilla doucement. Elle reprit avec dureté:
« C’est mon banc, c’est là que je viens me livrer. Rendez moi mon banc » il s’écarta doucement, sans hâte, sans peur:
« Veuillez m’excuser…
- D’ici, dit-elle, j’ai pleine conscience de ce qui se passe dans ce lieu de culte. Depuis ce banc, je suis plus forte contre les surprises…
- Quelles surprises peuvent vous attendre dans une cathédrale à la gloire de Gaïa?
- Croyez moi, on peut toujours être surpris. »
Elle s’agenouilla. Comme il s’était dissimulé sous cape, Alaïse ne vit pas son visage – et elle s’en moquait – il mit sa main sur son épaule, et ouvrit le contact avec elle. Elle ne le tua pas. Prise de stupeur et retenant sa réaction pour ne pas détruire l’essence vitale de cet homme au flegme si arrogant. Elle se raidit, et sembla bouillonner:
« Lâchez moi! Je ne le répèterai pas une seconde fois. »
Il la relâcha:
« Je vous ai laissé mon empreinte. Si vous le souhaitez, il vous suffira de penser à moi et vouloir me parler pour le faire…
- Je sais!
- Puisse cette prière vous éclairer, Alaïse, et prenez garde aux surprises… »
Elle ne le tua pas. Essentiellement parce qu’il s’échappait de lui une mystérieuse bienveillance qu’elle n’avait jamais perçu chez quiconque. Les empathes avaient le don de connaître un prénom en touchant quelqu’un.
Des semaines entières s’écoulèrent. Dorian, chaque fois qu’il allait prier, emprunta désormais le banc d’Alaïse, espérant entendre de nouveau la voix qui lui avait inspiré tant de curiosité. Il savait que jamais elle ne le rappellerait, que peut être elle s’était débarrassée de son empreinte alors même qu’il venait de la lui laisser, mais il se disait que peut être là, sur ce banc, il aurait une chance dans l’immense temple au culte de Gaïa, d’entendre à nouveau le son de la voix d’Alaïse, ce son qui l’avait fait sentir si vivant…
Rencontres nocturnes
Parfois, alors qu’on s’attend, comme c’est le cas toujours, à somnoler dans un train, à se perdre dans ses propres pensées dans son tram, et à rentrer chez soi, ouvrir une canette de coca zéro et remplir virtuellement un écran de lettres, de virgules et d’apostrophes, en luttant avec violence contre soi même pour ne pas ouvrir le paquet d’m&m’s, on fait des rencontres surprenantes. Des rencontres qui savent vous mettre de bonne humeur, sans que vous compreniez pourquoi, qui vous donnent le sourire, vous rafraîchissent, et vous plongent dans la certitude que ce monde n’est parfois pas si mal…
Neo-religion
Les événements m’ont amené à visiter récemment un lieu de culte d’un genre nouveau. Une neo-religion au sens propre du terme, remplie de ses adeptes, fervents, et réguliers, venus rendre dû sur les marches de cette cathédrale d’acier. Cette endroit irréel semblait comme un vatican inédit. Autour de l’arche, dressées comme autant de soldats au garde à vous, les tours de travail des plus gros groupes implantés en france. Et saupoudrées dans ce paysage brumeux et Asimovien, des statues modernes: le pouce sfr, en l’honneur du sms que plus personne ne peut éviter d’envoyer ou de recevoir, le visage dépossédé de son cerveau, semblant incarner à lui seul ces fidèles, actifs et comme dépersonnalisés qui évoluaient autour de cette ambiance surréaliste.

Habitué depuis trop longtemps à un monde fait de décalages, mes trains étaient jusque là toujours vides, mes promenades toujours paisibles, mes errances toujours calmes. J’appréhende désormais un nouveau monde, fait de milliers d’individualités concentrées en un but unique: servir et adorer une machine qui les dépasse, et dont ils n’essaient plus de définir la nature ou de la comprendre. Savons nous, après tout, comprendre et définir dieu? En récompense les prières sont exaucées: le salaire est palpable, immédiat, mois après mois, un peu de la gloire de cette nouvelle divinité revient aux fidèles qui croient en elle. Et comme cerise sur le gâteau, ils peuvent immédiatement jouir de cette récompense en dépensant cet argent dans un des plus grands centres commerciaux d’europe, juste sous leurs pieds, sans attendre, réinjecter dans le capital ce qu’ils auront extrait du capital. Cette mécanique, rôdée, inébranlable, a des antennes un peu partout. Comme un haut lieu de pèlerinage, qui aurait son lot de petites églises de village, l’esplanade de la défense, défendant vigoureusement une certaine vision de la civilisation humaine et de son évolution, revêt, en ces périodes automnales brumeuses empêchant de voir le sommet de ses plus hautes tours, un mystère bien réel: tout comme la foi en dieu a pu permettre de réaliser des ouvrages comme la mosquée de Kerouan, la cathédrale notre dame, la basilique du sacré coeur, ou les dizaines de synagogues de prague, la foi en l’utopie libérale et ses bienfaits sur l’homme dans nos sociétés a permis de bâtir ces constructions brillantes, qui assoment les pigeons qui s’y jettent, confondant le reflet du ciel sur les hautes vitres avec le ciel lui même…
Journal de Dorian
[extrait]
Les tunnels, les galeries, les mondes, les microcosmes tortueux que j’arpente tous les jours, ainsi qu’un vieux capitaine qui ne sait plus faire autre choses que prendre la mer, semblent aujourd’hui me parler. Ils chuchotent à mon oreille, tintent comme une clochette, ils me disent qu’il manque une partie de moi dans mes parcours silencieux. Il semblerait que je sois l’ombre, uniquement. La carcasse vide. Il semblerait que le goût ait disparu, en même temps qu’elle a pris un chemin que je n’ai voulu prendre…
Il semblerait qu’Alaïse me manquera toujours, que sa morsure silencieuse me brûlera à jamais. Et il semble même que me séparer de cette marque si profonde serait une douleur plus grande encore que la garder vivace.
Ces jours ci avaient été si longs. Mêlés de tout. L’écriture faisait fuir l’ennui, le désir gonflait chaque ligne, l’émotion battait sur chacune des mesures du morceau que je jouais. Elle me manquait aussi sûrement qu’un rêve qui ne s’éteint jamais vraiment mais qu’on ne trouve pas chaque nuit, aux portes de nos paupières. Impalpable, réelle et si fugace, furtive, ainsi qu’un renard dont on n’aperçoit que l’étoffe orangée, elle était mes soupirs. Dans mes nuits solitaires elle prenait toutes les formes, et elle mutait, et je l’entendais frémir jusque dans mes os, jusqu’au plus profond de moi. Elle avait cette étincelle qui brûle éternellement, elle était cette marque qui tenait bon, qui battait la mesure, tenace, au dessus de mon oeil, elle était la dose qu’on ne regrette jamais d’avoir prise…
Elle était la cause de mes soupirs, la source de mes pulsions, elle était mes désirs les plus profonds et les plus violents, elle était comme l’alcool pour un ancien buveur: une goutte d’elle suffisait à replonger pour toujours. La caresse de ses lèvres contre les miennes, le ryhtme de sa respiration haletante et si douce, il n’y aurait plus sans elle de ces instants magiques qui donnèrent à ma vie cette couleur si primaire, elle était tout.
Blobfish et Axolotl
Tu essaie de sonder les affres de mon esprit, alors que j’ignore moi même ce qu’elles contiennent et vers quels dangers elles nous emportent; inventerons nous quelque machine qui soit capable de s’enfoncer en soi, comme un sous marin d’aller chercher les créatures englouties sous des millions de mètres cubes d’eau… Blobfishs et autres araignées translucides qui parcourent la surface noire et incolore du sol des tréfonds, paraissant sorties tout droit de l’imagination d’un créateur aussi fou que tordu. Quelques bestioles se nourissant d’hydrogène, supportant la pression, pouvant porter sur leur dos bien plus de malheurs que je ne le pourrai jamais. Elles sont dans le fond du monde, et elles sont paisibles. Chimères aux yeux vitreux, elles ont appris à composer avec ce dont elles sont faites et traversent ces vies en quelques centaines d’années sans comprendre ni chercher. Elles sont peut être l’essence du monde, et peut être que sous elle, le noyau de la terre, bouillonnant, chaud, comme un graal insondé, caresse leur amertume et la transforme en douce torpeur…
Je rêve parfois d’être un axolotl, parfois d’être animal, vivant, épicurien, comme un chat qui appartient à un maître qui ne s’appartient même pas lui même. Régner sur le monde avec l’assurance d’un félin, persuadé que tout est immuable, et que rien ne changera jamais…
Lettre à ma tante : discours sur l’apolitisme
Hello teutan,
Je pense que tu es allée dormir, et je voulais te faire ce mail car je n’aime pas rester sur un malentendu avec toi. Je sais que l’implication politique est pour toi quelque chose d’important depuis longtemps.
Déjà je suis désolé pour mon manque de courtoisie. Je pense que je vais arrêter de me connecter à facebook, parce que je ne suis jamais vraiment totalement dispo. Ca reste vrai pour internet en général, je crois que je ne suis pas totalement de cette génération, ou que je suis trop dispersé, je ne parviens pas (plus ?) à tenir une conversation sur écran sans faire un autre truc en attendant la réponse, le ptit message ou la pop-up.
Retiens les griffes de ta patte…*
* Extrait
Journal de Dorian, jour 4
« Je trouvai ce soir là un mystère inédit. Je trouvai que les arcanes de son esprit échappaient à ma perception. Je trouvai qu’elle ne se laissait pas lire, et instantanément j’eus envie de tout lire. Tout savoir. J’avais soif d’elle car elle était la seule qui nécessita plus d’une minute pour en faire le tour, la comprendre, la transformer et la laisser s’envoler. Elle était trop complexe, elle était présence et absence, virtuelle et palpable, elle était une anomalie dans le schéma de ma tranquille existence d’empathe. Elle ne me blasait pas, l’ennui ne venait pas frapper à la porte de mon cœur, me poussant à la fuite. Mon imagination s’agitait en tous sens, mais elle restait imperceptible. Son esprit était un fort en pleine mer, et mon empathie était la vague qui tantôt en caresse les remparts, et tantôt les frappe, l’érodant, le rendant lisse et doux, mousseux, mais n’atteignant pas le cœur de l’édifice… Je ne savais que faire sinon prendre un peu d’élan, au risque de trouver le fort un peu trop secret pour n’être pas dangereux. Aurai-je le loisir de me sentir au milieu d’un planétarium, vivant la plus belle expérience de mon existence, ou bien allai-je ouvrir une boîte de Pandore ? Le monde avait une couleur qui ne m’échappait plus, la couleur du défi, la couleur du désir, la soif… J’étais passé de l’ennui à l’intensité. J’avais en face de moi cet animal sauvage, non apprivoisé, ce renard qui n’était pas semblable à cent mille autres renards, cette rose, unique au monde au milieu du jardin des roses…
L’avenir allait être vraiment compliqué pour moi… »
Mêle toute poussière*
*Lao Tseu, Tao
Est-il possible de créer cette alchimie ? Peut-on mélanger les genres et les générations, sommes nous capables de trouver comment réunir les particules ? L’énergie que les chercheurs s’échinent à trouver, la fusion, existe-t-elle réellement ? Peut-on fédérer ? Peut-on associer les divergences et écrire un tout cohérent, créer cette formidable explosion de couleurs basée sur l’union, l’éternité, le mouvement perpétuel, ce qui semble l’essence de la nature, et n’avoir été réussi que par la nature elle-même ? Il semblerait qu’il y a du boulot ! Nécessaire, semblerait-il pour mêler toute poussière, de se dépouiller d’abord de tout. Combien sont assez proches d’eux-mêmes ? Combien n’alimentent pas leur propre tourmente, combien font l’effort d’être francs, nus à ce qu’ils sont, à leurs émotions, sentiments, sensations ? A part l’eau qui contraint par la force les particules, et qui mêle toute poussière par la souplesse et la violence, je vois mal comment s’y prendre. Peut-être est-ce la raison primordiale pour laquelle les taoïstes se retrouvent anti-Confucéens. L’art de gouverner la cité, aussi profondément sage et maîtrisé soit cet art, semble si ridicule en comparaison de ce que recherche le Tao avec la pratique si difficile à cerner du non-agir… Les inventeurs des principes d’unité, les philosophes Taoïstes et Confucéens eux-mêmes ne savent pas mêler toute poussière. Peut être cela appartient-il seulement au grand horloger…
Il avait goûté le baiser d’amnésie *
Elle s’était mariée presque sur un coup de tête, aussi libre en se liant qu’on l’est en se déliant. Elle était le paradoxe plein de légèreté qui lui avait fait réaliser à lui, qui la regardait elle, qu’il avait goûté le baiser d’amnésie. Qu’il se tenait devant une mer calme, aux vagues bien rangées et régulières, aux flux et reflux minutés comme une horloge Suisse; après avoir vécu la fête, les youyous, la levée des mariés dans les grandes envolées des grands palais indiens, avec les musiciens l’orchestre et cette grande salle emplie de gens venus célébrer deux êtres qui avaient pris une décision qui transformait leur vie. Ca avait un côté majestueux, grandiose, et pourtant simple…
Elle avait toujours été comme une soeur qu’il voulait protéger, et il passait désormais le relais, elle avait épousé quelqu’un qui semblait quelqu’un de bien, et ce mariage était comme lâcher un oiseau et le voir s’élever, haut haut, dans le ciel…
Elle était tout en blanc, elle était belle, et se dégageait d’elle une fraîcheur absolue. Elle semblait avoir toujours grandi à l’ombre de la lumière, et son bonheur était aussi palpable que l’était l’acte qu’elle avait choisi d’accomplir. Lui, au milieu de la foule, frappant dans ses mains, souriant, se surprenant, comme toujours, de la manière dont les moments de l’existence vous en apprennent plus sur vous même que les plus longues et tortueuses paroles. Il était serein, teinté d’un bleu-nuit mélancolique et pourtant si simplement construit. Il savait qu’il n’avait pas pris cette route, mais ne regrettait pas ce monde qui n’était pas le sien. Ici, au mariage de son amie, il célébrait un bonheur naissant, en même temps qu’il pensait à sa propre résurrection, à son désir de création, à cette naturelle pulsion qui semblait vouloir le mener au delà de lui même, vers les contrées les plus lointaines… Il ne savait pas si un jour elle assisterait à son mariage à lui. Il savait être loin de cela. « Peut être » se disait-il « quand j’aurai noirci assez de pages, la verrai-je apparaître au détour du cahier ».
Il lui sembla, en cet instant, qu’il trouverait un jour la formulation parfaite, la parfaite et incisive beauté, la phrase magique, qui transcende, qui amène vers un jardin qui s’il n’est pas l’Eden, se rapproche de sa copie la plus parfaite…
La route était là, et il y marchait seul, le sourire sur les lèvres, les mains dedans les poches, écrivant dans sa tête les pages de sa vie…
Forgeron de sa propre existence…

Se construire, battre le fer, modeler les arcanes de soi, et réaliser dans cette quête que l’autre souffre, vous regarde monter ce chantier au milieu des pelles, des clous, des vis, des planches de bois, et n’est pas concerné par ce projet d’envergure. Je n’assume pas. Je n’assume pas de blesser l’autre, fut-il en partie responsable de ses douleurs, je n’assume pas d’avoir part dans le mal être d’un être…
Comment se forger en se préservant des conséquences douloureuses qui pourraient survenir lorsqu’on prend dans ses bras quelqu’un, mais qu’on au aussi en tête de monter cette grande croix de bois qu’on a vocation ensuite à porter toute sa vie. Comment expliquer qu’on puisse parfois préférer l’écriture, la construction du monde (le nôtre et celui qui nous entoure) mais que ça ne veuille pas dire qu’on soit indifférent ? Comment ne pas être bouffé par sa propre sensibilité ?
Comment associer tous ces éléments antinomiques, comment rendre le monde coloré si les événements les plus inattendus surviennent comme une grande vague de 10 mètres, et vous envahissent de mélancolie ? Il est dur d’être forgeron de sa propre existence, car cela doit nécessairement impliquer une solitude difficilement supportable…
Tendance à tout exagérer…
Le matin est sur-réaliste, trop difficile de se lever, trop difficile d’aller se botter le cul, la moindre épreuve devenant une épreuve. On se croit parfois le matin dans fort boyard, on croit affronter les salles successives, et pourtant tout cela n’est rien. Hormis les bénéfices que l’on retire de ce que l’on entreprend, il n’est rien d’autre qui soit jouissif que la création, que le fait même d’entreprendre. Que restera-t-il à raconter quand nous aurons 80 ans? Quand, assis sur nos fauteuils électriques, nous fêterons avec l’autre nos noces de chêne? Quelles anecdotes sinon celles qui arrêtent le temps, sinon les années de galère, de colère, de lutte, de travail, et ce qui en aura naturellement surgi. Au sommet de nos montagnes, nous ne serons fiers que de deux choses: s’être battus et les avoir franchies. Le reste c’est gnognotte. Si nous ne luttons pas, si nous ne franchissons pas, nous végèterons plus tard sur les cendres de l’inachevé, de l’inaccompli, du foirage, du « si j’avais eu plus de chance »…
La colère des anges…
La destinée parfois vous met face à des anges. Et ces anges vous transforment, ils vous montrent un paradis qui vous semblait inaccessible, vous font entrevoir ce qu’est l’intemporel, vous donnent une raison de poursuivre votre vie, vous prouvent par leur être tout entier que « ça existe », sont votre voix intérieure, votre souffle, votre force, et ces anges vous restent même après qu’ils s’éloignent, semblent motiver le reste de votre existence, semblent être devenus les moteurs en vous, semblent une partie de vous…
Les anges sont comme le loup qui est en Fitz dans les bouquins de Robin Hobb. Les anges sont comme le souffle glacé de l’hiver, juste après l’été, celui qui vous fait aimer le changement, celui qui semble vous dire « prépare toi à affronter le froid » celui qui a sans doute inspiré « l’hiver vient » de J.R.R Martin.
J’ai rencontré un ange, autrefois ;
C’était il y’a longtemps, il y a si longtemps…
Et pourtant la jolie cicatrice, toujours vive qu’elle m’a laissée bat en moi comme le faisait déjà mon cœur. Je porte les stigmates heureux de son passage dans mon existence. Elle m’a donné vie, elle m’a donné naissance, elle m’a inspiré, et c’est à travers elle que j’atteins (que je cherche à atteindre) quoi que ce soit.
Comme un fantôme qui ne mourra jamais, j’ai rencontré un ange aujourd’hui en colère, et la colère des anges a la forme terrible d’une pluie d’été :
Elle est blanche, violente, lumineuse, elle semble le mouvement de dieu, l’élan de lumière qui s’abat sur le monde, la colère des anges, si on n’en est la cible, est majestueuse, magique, déployée dans un ciel grisâtre, pour le changer en intense révélation.
J’aime un ange, et sa colère me transperce, j’ai mal pour un ange qui souffre, et ce n’est pas juste. Peut être, malgré elle, malgré moi, ne se laissera-t-elle pas apaiser. Mais je ferai ce que toujours j’ai su faire : avoir de l’espoir en lieu et place du monde.
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L’éveil des consciences ?*
Mon pessimisme heureux a tendance à surprendre. Rien n’a grande importance à mes yeux, tout est d’une absurdité indéniable, et il me semble que la clé du bonheur réside dans le dépouillement de tout ce qui n’est pas soi et qui est crée artificiellement. Mais la germe de l’espoir a poussé en même temps que l’idée a été plantée en moi qu’existerait peut être l’éveil des consciences. Alors j’ai pensé à ces consciences étouffées par la télé, par la démagogie, par la consommation, comme enchainées, mais je ne les percevais plus après réflexion comme ces âmes stupides, s’abreuvant ainsi que des cochons de tout le porridge qu’on puisse leur donner; je voyais désormais des âmes n’étant pas complètement éteintes malgré le porridge, des âmes comme brûlantes au fond d’un feu qui pourrait un jour entrer en éruption ainsi que l’ont fait les volcans islandais. Le verre à moitié vide devient à moitié plein. L’image claire d’une flamme enterrée mais qui ne s’éteint pas, la vision limpide d’un mégot écrasé mais qui provoque tout de même un feu de forêt. Peut être… Peut être que le rapport de 10% de personnes possédant 90% de richesses ne suffira pas à faire taire la masse silencieuse éternellement. Peut être que les 60% d’abstentionnistes ne sont pas résignés mais dormants et décus, peut être que 2012 n’aura pas lieu en 2012, ni en 2032, ni même jamais. Peut être que tout le monde ne gobe pas le 11 septembre, que tout le monde ne pense pas que c’est très bien comme cela, et peut etre qu’il reste un aiguillage avant le fossé vers lequel le train que nous avons pris fonce à toute allure. Reste à savoir ou est l’aiguilleur et comment le réveiller…
Car il est évident pour moi que ni notre démocratie, ni notre propension à faire du syndicalisme ou du bénévolat ne suffiront encore. Peut être que les artistes, les littéraires, les objecteurs de conscience seront la voix du monde de demain, et il est probable qu’à l’image de kaddhafi, ben ali, bagbo et autres fuyards, nos dirigeants aussi, avant de plier baggage, détruiraient ce qu’ils pourront détruire. Car si l’espoir revient, reviennent avec lui les constats les plus pragmatiques : l’entreprise est d’envergure, les hommes ne sont pas fédérés, et par quel bout doit on commencer pour faire prendre une révolution, comme on fait prendre un barbecue ?
What i s love (part 3)?
Habituellement, j’observe le monde. Le train est mon camp d’entrainement sociologique, c’est là que je fais mes classes; les visages figés me parlent, témoignant, malgré eux, malgré le masque du mutisme affiché, des stigmates de la vie, que chacun affronte à sa manière. Et aujourd’hui je m’interroge. Le pourcentage de femmes accompagnées par des connards, est tellement élevé, qu’il ne peut être un phénomène naturel…
Cette jeune demoiselle, que j’appercois au détour d’un trajet, par exemple, n’est pas heureuse. L’homme qui l’accompagne est nettement pas sympa, regarde de travers ceux qui regardent l’élue de son coeur, sa « moitié ». Il a un visage de fouine, et elle un visage d’ange, elle a un sourire simple, lui fourbe et immature, enfin il perd ses cheveux, alors qu’elle est si belle. Mais les voici ensemble. Ses grands et beaux yeux, inconsciemment, trahissent ce qu’il y a dans son coeur: une détresse inassumée, alors que lui, tel un lion dans la jungle urbaine, semble attendre une occasion de rugir, surtout contre elle…
Alors je m’interroge sur ce qu’est l’amour. Et je parviens à l’idée que c’est la probable conjuguaison du moment et de la (mal)chance. Le désir d’amour, c’est l’émulsion chimique produite avant tout par la torpeur de la solitude. Qui sait ce qu’est aimer? Comme nous semblons concus pour ne pas supporter de nous retrouver seuls, ou bien que nous sommes lâches, sinon inaboutis, nous sommes désespérés par cette solitude pourtant si salvatrice. Alors nous nous hâtons de rencontrer les femmes, et elles n’ont de hâte qu’etre rencontrées par les hommes. Et ce n’est pas, lorsque je suis avec une nouvelle conquête, parce qu’elle est mon âme soeur, parce que je lis en elle comme en un livre ouvert, parce qu’elle m’apaise d’une caresse, ce n’est pas parce que c’était elle, parce que c’était moi, non! C’est plus bête que cela, moins noble, moins glorieux!
C’est avant tout parce que je l’ai pécho au bon moment: au moment où elle refuse de réfléchir, cherche une échappatoire, et la trouve dans les bras velus et pleins de sueur d’un homme médiocre, sinon méchant. La pomme magnifique et délicieuse était si haut perchée, qu’il n’eût jamais pu se hisser dans l’arbre, avec sa grosse bedaine, sans se casser la gueule, les dents le cul, pour renoncer enfin, et prendre un fruit pourri, un rat crevé, une « charogne infâme », en bref quelqu’un de sa valeur. Mais voilà, les pommes tombent des arbres, et il suffit alors pour certains qui passent là, de se baisser, de ramasser, et de savourer ce doux fruit…
La femme est une pomme, et l’amour est juste le moment ou elle tombe sur la tete de celui qui passait. Il peut être un cafard, un soldat, un voyou; quand elle est déséquilibrée (et c’est souvent!), elle choit, et c’est au petit bonheur de celui qui la recevra sur la tête; cette loi est vieille comme Newton!
L’agonie du vieux ballon *
*Le ballon d’eau chaude est mort, longue vie au ballon d’eau chaude.
Comme on dit d’un malheur, il n’arrive jamais seul. Ainsi qu’un roi qui traîne derrière lui les crevards de sa cour, un malheur traîne toujours derrière lui son cortège de petits malheurs. C’est une forme de purge, un peu comme quand on a mangé un truc pas frais, et que le corps vous en nettoie par tous les moyens que l’on peut imaginer…
Après une intoxication alimentaire due probablement a une poêlée de légumes mal congelée par Carrefour, c’est un fusible qui saute à la maison. Mon corps nettoie mon corps, lui faisant évacuer tous les résidus de stress qui pouvaient lui rester encore, et ma maison nettoie ma maison. Car ce fusible n’était relié à rien. Toutes prises fonctionnaient, toutes lumières s’allumaient et tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes. Ce n’est que trois jours plus tard que s’insinue l’horrible vérité: il n’y a plus d’eau chaude, c’était le fusible de l’eau chaude…
Alors viennent les réparations et le prix qu’elles coûtent, et se lever tôt pour acheter un ballon neuf, et le monter sur 4 étages, et l’épreuve pourtant, n’était ni laborieuse ni compliquée…
J’en ai vu tellement d’autres que changer ce ballon était comme tourner une page, comme supprimer d’un bloc ce qui me reliait encore à mon ancienne vie. Aussi bête que ca puisse paraître, il est des phases dont on est vite guéri. Il est des moments où l’été qui succède à l’été est une réelle euphorie…
Je me sens comme le patron de la société post-it, cet été, pendant la guerre éponyme…
Et je comprends plein de choses. Je comprend surtout que j’ai passé un cap, que bien que je ne m’y sois pas du tout attendu, je suis fort, très fort, et que mes fondations sont tellement solides que je suis déjà prêt à une autre bataille, et à d’autres frissons. C’est le temps de ma vie durant lequel les malheurs et leurs cortèges de galères ne me font plus rien, s’ils m’avaient jamais atteint.
Comme les balles qui rebondissent sur le cuir insensible de king kong, les difficultés sont des cure-dent lancés par de tout petits guerriers, tandis que je me sens l’envergure d’un géant!
Boum, l’autosatisfaction!*
Vous connaissez l’histoire de « Boum, l’autosatisfaction! » ?
C’est quelqu’un qui est trop sûr de lui, et « Boum! » l’autosatisfaction!
*Inspiré de Scrounch la limace
Introspection…
Pourquoi faut-il toujours aller dans les déserts américains pour faire une introspection?
Ma rue est propice. Animée, agitée, le jour par les commerces et le marché, la nuit par les hommes des rues, ivres et incohérents. Les RER valent la route 66, les couloirs du métro valent les plaines de la Pampa. Nul besoin d’aller à moto pour trouver qui l’on est. La carte orange comme unique compagne, fidèle, en poche, toujours si proche…
Paris est vaste, paris a ses soupirs, paris respire la mélancolie nécessaire au questionnement de soi. Entre la tour Eiffel, Montmartre, et Saint-Michel, on a le temps de se retourner vers soi. Dans le ventre de la cathédrale notre dame, respirant le même esprit-saint que trois cent allemands et six cent japonais, arpentant les terrasses de bistrots, on trouve en soi ce qui est caché de prime abord, et pourtant si présent quand on regarde bien. Pas besoin d’un désert, pas besoin d’une Harley, ni de sa Davidson. Besoin de personne; c’est ainsi que je me suis vu moi même, au détour d’une rue parisienne, me saluant, me souriant, me disant : « continue, tout est en bien ». Et j’ai soudain compris qu’en cet instant, tout n’était qu’ordre, et beauté!
L’été s’en vient, après l’été…
Je travaille à ce morceau:
“ I heard there was a secret chord / That David played and it pleased the lord
But you don’t really care for music, do you / Well it goes like this the fourth, the fifth
The minor fall and the major lift / The baffled king composing hallelujah”
(…)
Il est des moments, parfois, dans lesquels on avance à la mesure des accords du piano que l’on joue, inlassables. Il est des moments ou apprendre une chanson devient une route vers le salut, devient l’essence de ce qu’on est ; il est des temps au cours desquels les paroles vous caractérisent, et vous devenez, l’espace d’un instant, la création même. Empli de cette énergie si forte d’aller vers l’avant, cette énergie si forte qui n’a pas disparu, qui, simplement, s’était tue, tapie, au fin fond de soi, et qui ressurgit, vous faisant peur, vous faisant voir la lumière vive de la vie et son jaillissement…
Les seigneurs de Winterfell ont pour devise « l’hiver vient » mais il est des temps ou l’été s’achevant, un été lui succède, qu’importent les saisons…
« Dieu s’est fait pain »
Au détour d’une discussion sur la religion en général, et la consubstantialité en particulier, j’ai entendu cette phrase surréaliste (et pourtant très sérieuse): « Dieu s’est fait pain ». J’ai eu envie de comprendre.
La sentence concerne Jésus, pain de vie, et la pratique de l’eucharistie dans les rites catholiques; l’eucharistie est un rituel qui consiste, en général en fin de messe, en une communion avec Dieu (dont Jésus est part consubstantielle) dans la consommation du pain (sous forme d’ostie) et du vin (le sang du christ).
De manière très sérieuse, un chrétien considère qu’ingérer l’ostie, c’est ingérer dieu, s’approprier une part de son énergie céleste, et communier ainsi directement avec le seigneur.
D’un point de vue théologico-scientifique, il s’agit de considérer que les molécules du pain, au moment de l’eucharistie, se transforment en molécules divines en quelque sorte (corps et sang du christ), palpables, physiques. A partir de là, les nombreux croyants qui, au fil des dimanches, ont consommé semaine après semaine une ostie, se sont divinisés de manière concrète, autrement que par la prière et le cheminement spirituel: ils l’ont fait par le phénomène qui s’appelle la transsubstantiation (conversion d’une substance en une autre).
Evidemment cette transubstantiation laisse aux aliments leur apparence et leur goût de pain et de vin. Il n’est pas question, au moment de mettre l’ostie dans sa bouche, de se retrouver avec un lambeau de chair décrépit difficile à machouiller et porteur de bactérie vieilles de 2011 ans proprement indigeste. Il n’est pas question non plus que le goût du vin prenne cette saveur ferreuse chère aux vampires de france et de Navarre; il n’a pas non plus une saveur de vin de 2011 ans (cela vaudrait pourtant une fortune sur le marché de l’oenologie). Le divin est bien fait, car la transsubstantiation se fait sans aucune différence avec la consommation normale du pain et du vin traditionnel, de marque Carrefour, Auchan ou Baguépi.
A partir de là, il est impossible de savoir quand a lieu la transsubstantiation. On part du postulat que c’est pendant l’eucharistie, mais ça peut aussi bien être dans un moment Nutella ©, aucun réel moyen de le déterminer.
Peut être le pain de boulangerie opère-t-il cette métamorphose au nez et à la barbe de tous, et manger un bout de pain, ou boire une piquette comme le beaujolais pourrait donc s’avérer une méthode de divinisation tout à fait cohérente; considérant cela, l’image la plus réaliste que vous puissiez vous faire de dieu (qui a fait l’homme à son image) se trouve au troquet du coin devant un énième verre de Bordeaux.
J’en conclus donc, et je m’en doutais déjà un peu, que les brèves de comptoir sont la parole de Dieu!
J’en veux pour preuve cette phrase de pilier de bar, qui est pleine de bon sens:
« Le monde est tellement con, on dirait que c’est moi qui l’ai fait ! »
Longue est la route par le précepte, courte et facile par l’exemple. *
* titre: Sénèque
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Il fronce les sourcils, lève la tête, regarde vers l’horizon, et y va. Son baluchon sur l’épaule, il marche, laisse derrière lui ses illusions, emporte avec lui tout ce qu’il a, son courage, sa force, sa ténacité, et se remet, mieux qu’il aurait cru en être capable. L’avenir est pour lui une porte ouverte, lumineuse, salutaire, une marche qui au lieu d’être funèbre porte les stigmates d’un bonheur futur dont il ignore tout mais qu’il sent palpable et accessible, tout près, comme un rêve qui se concrétise.
Il est comme l’arbre qui a survécu à l’hiver, il ne lui reste qu’à pousser, et le temps s’approche où il sera totalement accompli. Les murs ont tremblé, mais les fondations sont fortes, le bâtiment a tenu malgré les embruns, malgré la violente grêle (sorte de pluie paranoïaque) qui s’est abattue et qu’il a du combattre…
Son univers est là, qui n’attend plus que lui, et lui est là qui n’attend plus que mettre en chantier les derniers remparts encore branlants de sa vie, de sa pensée de sa philosophie. La vie va lui apprendre encore, mais il sent qu’il est prêt à son tour à enseigner. Il n’y a pas de règle, il n’y a pas de situation unique, il n’y a rien qui soit identique, il est franc, il est en phase, aligné à lui-même, il en sait plus qu’on pense, et cela lui suffit, il n’a pas besoin de le dire, de le crier à la face du monde, il n’a pas besoin d’assouvir de vengeance. Il a réussi son pari. Il n’a pas de haine, il n’a pas de colère, il veut juste tracer son chemin, sans utiliser sa machette s’il n’en a pas besoin, il veut voir le monde à sa manière…
Il ira seul sur les sentiers de terre, par delà le visible, et cela sera bien !
Mon monde de couleurs…

Un mur solide, qui me soutient, et lutte contre l’obscurité qui envahit l’espace et tente de tout bouffer. Mais je dois être plus fort que ça. Je tâche à son image d’être solide, et j’y arrive plus que je l’aurai cru ; je suis entouré par ces figures bienveillantes, bien plus que je l’aurai pensé ; et même si ces nuages sont une épreuve violente, ils ne me tueront pas. Mon avenir se dessine sur un horizon qui très étrangement n’est pas si flou… Etrangement !
Le destin me demande soudain de lui montrer qui je suis. Il me demande soudain, sans m’avoir préparé, d’affronter mon pire ennemi : mon imagination, mes principes, mes rêves, mes illusions… Moi-même, en fait ! Etre son propre adversaire, osciller comme une poulie sur un câble vieilli.
Il y avait Socrate qui buvait la cigüe, et qui devait croire en lui malgré tout, en l’autre, aussi malgré tout ; il y avait Sénèque qui reçut un poignard comme cadeau du prince, dont il n’était définitivement plus l’ami, alors qu’il l’avait chéri tellement.
Tout ce qui reste au philosophe, lorsque le monde lui tourne le dos, c’est la cohérence. C’est le devoir certain d’appliquer ce qu’il a toujours défendu, d’être fort autant qu’il a demandé aux gens de l’être, et de croire encore à tout, de croire encore à ses propres paroles, même lorsqu’elles partent en fumée, du moins en apparence. Et il le fait. Aussi difficile soit-il de joindre les actes à la parole, il est une différence fondamentale entre la fierté et la futilité. Il est qu’au moment de flancher, on aille de l’avant, encore plus vite, et encore plus fort… Ce n’est pas quand tout va bien que la vie est compliquée, pas quand la mer et calme, que l’on se plaint du navire et qu’on doit dire au monde qu’on a le mal de mer. Il fallait même, alors, ne pas choisir le métier de marin. Et si j’ai mal compris, et si je n’ai pas vu, l’erreur alors venait de moi, et c’est à moi seul que je dois mon sort, et aussi mon salut.
Ainsi se dessine, dans un optimisme qui est pourtant tellement extérieur à moi, et qui ne compense pas pourtant la lourdeur des nuages, le plan de ma future existence. Je pars à Bucarest, comme ça, sur un coup de tête, pour fuir un peu, pour me prouver un peu que je sais partir seul, que je sais être seul. Les voyages, en ce monde, sont les moments uniques de ma vie dans lesquels je me sois jamais senti totalement en paix ; des portes vont s’ouvrir, au prix de la sérénité du cœur et de l’esprit. Je me destine à l’écriture comme d’autres à la prêtrise, ce n’est plus maintenant qu’une certitude absolue, qui devient presque facile : le voile clairement se lève devant mes yeux pourtant si éblouis par la douleur du flash… Le moyen même m’est apparu entre deux mauvais rêves par une nuit désastreuse, un soir pluvieux, au milieu de rien.
Quelques clichés dans un vieil entrepôt, quelques larmes, un peu d’informatique, et me voilà représenté par une image qui qualifie tellement bien mon chemin dans cette vie. Le mur n’est pas assez haut, pas encore assez classe, pas encore assez coloré, mais il l’est tout de même, et c’est le mien, et c’est celui qu’un jour ou l’autre on acceptera. Le mur et le mec assis dessus feront leur place et s’imposeront, et il sera bâti si haut qu’on ne verra plus ma tête, qu’il couvrira l’espace si bien que les nuages ne pourront rien lui faire que sembler ridicules…
Lettre à la SNCF
Ca part aujourd’hui, je vous tiendrai au courant du résultat…
Le Noctilien et le fly-tox
Il se trouve que des concours de circonstances, qui ne sont en réalité jamais vraiment dus au hasard, modifient vos soirées de manière plus qu’inattendue…
Lorsque vous vous trouvez à 3h00 du matin à bord d’un Noctilien (nouveau nom du Noctambus, que je trouvais d’ailleurs beaucoup plus poétique), c’est que quelque chose a capoté dans la vision espace-temps que vous pouviez avoir de vous même, et du jour présent, en vous levant le matin…
C’est un peu comme un type qui va à la banque, et qui se retrouve dans une prise d’otages. Il était peu probable qu’il eût envisagé cette hypothèse au lever, en buvant son café, en se rasant avec un gilette trois lames, puis en mettant sa cravate à 50 euros.
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poésie nocturne…
Plus banal et raciste, qu’un poster banania dans la cuisine…
Le sentiment nationaliste retrouve encore de la vigueur. Avec un président en fin de mandat qui ne sait plus quoi faire pour récupérer des voix, avec la banalisation du racisme, avec une stigmatisation électoraliste de populations que personne ne connaît, n’a envie de connaître, où d’écouter, nous avons atteint un paroxysme post colonial comme ça faisait longtemps qu’on n’en avait pas eu…
Une partie des Français est devenue plus banale qu’une pub Banania accrochée dans la cuisine, et plus raciste que le slogan qui va avec. On est arrivés avec l’arrivée au pouvoir d’une « monarchie démocratique » (j’ai piqué cette expression dans un article du courrier international) au sommet de la dégueulasserie. « Un bon candidat, un mauvais président » disait je ne sais plus quel journaliste, et il a raison.
Petit, sans envergure, rongé par les tics, les trucs à prouver, dévoré par l’ambition, le bling bling, incapable de parler un français correct, limpide, de s’exprimer sans faire de fautes, nous nous retrouvons avec quelqu’un qui a divisé par quatre la classe de Miterrand, et par deux celle de Chirac…
Sous Chirac on regrettait Miterrand, et sous Sarko on en vient à regretter Chirac. Ce qui rend insupportable le personnage qui nous gouverne n’est pas tant sa propension à mentir au peuple français, à lui donner l’impression vivace d’être une merde, que son manque permanent de discrétion et de simplicité. Comme un tyran qui vous opresse avec les flics et avec l’armée, et qui vous fout sa photo sous le nez partout, que ce soit au resto ou chez le coiffeur (attitude Benaliste) cet homme vous oppresse avec les médias et l’arrogance de son discours tantôt indécent, tantôt insultant, tantôt populo-raciste, si c’est nécessaire à ses objectifs…
Il n’a rien à envier au Kadhafi qu’il défie aujourd’hui, (alors qu’il l’a reçu en grande pompe à l’Elysée hier), pour des ambitions affichées, et visibles : tout est purement électoraliste mais il y a une manière de le faire…
Quand on transige avec les porcs…
J’ai connu des gens qui transigent avec les porcs. Attention, je ne parle pas du noble animal (pas moi l’autre) illustré ci dessus, mais bien de ces personnes qui, mues et émues par l’ambition et le charisme inatteignable du porc qui s’est hissé au sommet de la porcherie, va dans son sillage:
« Ou tu vas?
- Traiter avec le roi des porcs…
- T’es sûr de vouloir faire ça?
- Bien sûr, imbécile!! »
Et vient alors la désillusion. L’air est vicié, les cadeaux aussi. Le monde qui est fait de rêves, d’intentions pures, de douceurs, d’amitiés, de collaborations fraternelles n’est que celui que vous créez. N’attendez pas d’un porc qu’il vous offre des fleurs, n’attendez pas d’un lion qu’il ronronne à vos côtés.
Le manège a commencé. Le défilé des porcs et leur cortège de rats vient de monter sur scène, chacun son numéro, et vous devrez voter pour lequel décidera de votre piètre destinée…
Je laisserai la politique aux politiciens cette année, et je croirai en moi, plutôt que croire en eux!
Qui est Jean Brut?
Je suis tombé sur une publicité, dans la rue, de bon matin, que j’ai eu du mal à comprendre…
Je me suis demandé qui était ce Jean, qu’on qualifiait d’indémodable?
Le paysage audiovisuel français ne comporte pourtant personne qui lui ressemble (à part peut être Anthony Cavanagh, qui pour le coup est bien démodé).
Je ne crois pas que la publicité manque de pertinence, à mon avis j’étais juste fatigué, à 5 h du matin, sur le quai de mon tram!
Y’en a qui peuvent *
*(suite de la suite)
- mettre du Nutella dans le frigo
- avoir un fond d’écran EDF sur leur ordinateur personnel
- ne pas faire la vaisselle et avoir de la mousse et des pousses de plantes dessus
- acheter une télé cathodique dans une brocante
- se bousculer pour faire une photo avec François Hollande
- être fans de Coluche et voter à droite
- mettre des boules quiès dans une bibliothèque
- boire le jus des haricots verts en boite
- mettre des tongs en hiver
- négocier au restaurant
- regarder vivement dimanche ET vivement dimanche prochain
- mettre des tongs avec des chaussettes
- regarder un porno avec leurs parents
- mettre du vernis à ongles bleu ou vert
- chier chez les autres
Tunisie
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La Tunisie est pareille à ce qu’elle était. J’ai pris un coup de vieux. Mon village est le même, mes oncles ont dix ans de plus, et une révolution est passée sur le pays. Une révolution qui laisse aujourd’hui derrière elle une liberté quasi naturelle. Comme si 20 ans de dictature et de silence n’avaient jamais existé, les gens parlent de tout cela comme si cela faisait déjà cinquante ans, comme un événement historique lointain, qu’on a appris autrefois à l’école…
Si la population n’a plus peur, les touristes après les événements, ont le trouillomètre à zéro. Du coup les tunisiens survivent. Le tourisme a pris un coup dans la gueule, les visiteurs désertent Nabeul, Hammamet, et Sousse, les prix des souvenirs, dans les boutiques, dégringolent, et les vendeurs espèrent (ou prient pour) que la saison entière ne soit pas ainsi.
Sur l’avenue Habib Bourgiba à Tunis, une ébulition palpable, des tanks au milieu de la rue, comme pour montrer que le pays a retrouvé son oxygène, des tunisiens qui arpentent la place, des terrasses pleines des locaux, qui flânent, en ce début de saison estivale.
Les peuples reconstruisent leurs avenirs et leur vies, et la terre continue de tourner. Moi, égoïstement, j’ai retrouvé mes racines, j’ai revu les montagnes, cueilli le thym et le romarin, et observé que le printemps, comme à chaque fois, se moque bien des histoires des hommes, et bourgeonne de vie et de simplicité.
Le charisme du winner
Voilà la culture qu’il faut apprendre à développer. Voilà ce que le néo-libéralisme moderne cherche à obtenir de tous : le charisme du winner. L’œil du tigre au fond de vos yeux, le menton relevé, la mine déterminée, vous devez être prêt à entrer dans l’arène, à fouler au pied le sable du Colisée, à regarder dans les yeux votre adversaire, et à lui dire « je te bouffe pour mon petit dej ».
Voilà le tempérament qu’on attendra de vous lorsqu’on aura décidé de vous donner votre chance. Voilà ce qu’il faut être aux yeux de tous, voilà l’essence de l’ascension sociale, voilà le vrai secret enfin dévoilé. Il faudra s’employer à employer tous les moyens, pour faire ployer le moyen…
Car on ne peut se permettre, dans un monde ultra-libéral et mondialisé de garder des moyens. Le moyen, ça coûte cher. Le moyen, c’est celui qui veut un salaire sympa, des horaires sympas, des loisirs sympas, le moyen, c’est un connard. Il ne connaît pas la cause, il n’a pas d’ambitions, le moyen n’est pas celui qui ploie, le moyen devrait comprendre que la concurrence nécessite plus d’efforts que des efforts moyens. Mais le moyen, jamais, ne sacrifierait son dimanche. Sous prétexte qu’il est sacré…
Le moyen compatit aux malheurs du Japon, alors que le Japon, c’est le plus fervent acteur de notre déchéance. Le moyen n’a conscience de rien, et il est de bon ton de l’insulter comme on veut, il est de bon ton de le déconsidérer, de le « placardiser » le moyen est trop moyen pour s’élever plus haut que le genou du bon.
Dans la hiérarchie professionnelle sociale, vous avez le mauvais, le moyen, le bon et le très bon. Le mauvais devient moyen, le moyen ambitieux devient bon, quand au très bon, c’est une élite. Le très bon bénéficie de tout ce que veut le moyen (loisirs, temps libre, argent et vacances) mais il est respecté pour cela. Quand le très bon va quelque part, on lui déroule un tapis rouge, et s’il coupe des têtes, on est ravis que ce ne soit pas la sienne, et si c’est la sienne, on n’a plus le pouvoir, les moyens techniques ou la force de lui en vouloir.
Le roi de l’arbitraire, le charisme du winner, c’est ce qui est nécessaire à un homme parmi d’autres dans un monde absurde, qui veut que dominent la cruauté et la sournoiserie.
Notre président, chef de file de ce qu’il croit être le graal, est à la tête d’une montagne de merde, sur laquelle il trône avec la fierté du coq, persuadé d’avoir tout compris, alors que des gens, parfois, ni moyen ni élites, en dehors du système, le voient tel un fantoche, s’agiter sur son siège, et se disent que le monde est quand même bien malade…
De mon petit village…
Et voilà que s’approche la date d’un grand départ. Les lieux me seront à la fois bien connus et tout étrangers. Je retourne à mes origines, je vais dans le pays qui m’a fait pousser, je vais puiser dans la terre qui sait nourrir les vignes et puis les amandiers, qui fait les figues de barbarie, les mûres et les cactus.
Voilà neuf ans peut être que je ne suis retourné là bas. Et en neuf ans peut être, j’en ai l’expérience, tout change. Les hommes vieillissent, les enfants grandissent, et les saisons se succèdent bien des fois.
Neuf ans et une révolution après, la maturité de mes 28 ans, en lieu et place de mes souvenirs d’enfant, et une route goudronnée en lieu et place du sable et des cailloux. Neuf ans et une révolution après, l’eau courante et l’électricité, le confort moderne, mais peut être, peut être, les montagnes n’auront-elles pas changé ?
Il me vient ces quelques vers à mesure que je repense à autrefois :
Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m’est une province, et beaucoup davantage ?
La réponse est jamais. Je vais vers des lieux qui ont grandi, comme moi. Nous n’irons plus à la fontaine pour chercher l’eau, en plein cagnard, nous n’irons plus en bus à la mer, et nous n’irons même plus en été.
Il fera beau, c’est le printemps, et un vent nouveau, que je n’ai jamais vu, viendra je l’espère effacer sur ma joue les larmes de la nostalgie…
Histoire d’un mec…
C’était le printemps. On avait changé d’heure, il était donc minuit, au lieu de 23:00.
Et a minuit, quand on prend le tramway, quand on est baladés à travers les rues de banlieue, on a le temps de penser…
Retrouverai-je un jour, ailleurs, en d’autres lieux, en d’autres temps, au delà de tout, cette électrique tranquilité? Et puis pourquoi suis-je fait? Quelle est ma destinée? Je partage un carosse (aux couleurs crème et mer, taggé, qui annonce souvent les stations qui jour et nuit le voient toujours passer) avec des toxicos, des alcolos, des ouvriers. Je suis un témoin invisible, l’oeil plus qu’inquisiteur de toutes vos destinées…
Quel est mon potentiel? Je ne saurai le deviner. Il était tard et ce soir là, comme à mon habitude, je cherchais. Quoi? Je cherchais quoi? Les clés de qui j’étais? J’essayais à loisirs de me réaliser, mais le doute frappait à ma porte, comme un ami collant, dont on ne peut se débarrasser, comme un témoin de jéovah…
L’histoire de ce soir, c’est mon histoire à moi. Celle d’un mec (c’est l’histoire d’un mec) au milieu des rues de banlieue, perdu au fond de lui même, ne sachant où marcher, et qui parfois se dit qu’il aurait mieux valu être bête, éméché, plutôt que torturé, et qu’à se perdre soi, mieux vaut perdre ses clés…
Lorsqu’il vous dira non, vous perdrez bien du temps à forcer le destin…
L’univers vous parle. A sa manière, avec ses mots. Il vous indique parfois la route à suivre, et parfois celle à ne pas suivre. L’univers chuchotte les bons conseils…
Seulement il est des fois, mus par l’obstination, ou par des sentiments qui ne sont pas les bons, et qui souvent vous sont dictés par la raison, que l’on n’écoute pas l’univers…
On est alors freinés dans notre élan, un élan créateur, une euphorie, freinés par des parasites, des sons étrangers, des importuns…
Il y a une méthode: comme sur une vieille radio avec un gros bouton, il faut tourner, tourner, et changer la fréquence, jusqu’à entendre une voix mélodieuse et limpide, claire… Et puis c’est elle alors qu’il faudra écouter!
J’ai une bonne carcasse…
Les épaules carrées, solides, on peut s’appuyer sur moi. Je rend les mêmes services qu’un pied de chaise…
Bon conseilleur et bon payeur, invisible au delà de ma fonction de filtre entre les gens et eux mêmes. Je suis né avec cet absurde super pouvoir de décoder les situations, les impulsions et les gens…
Et j’ai une bonne carcasse…
Mais avoir une bonne carcasse ne signifie pas que les choises soient faciles. En apparence peut être, en apparence. Une écriture en germe, une personnalité intérieure que personne ne voit. Personne ne voit ce qui bouillonne, comme ça va vite, comme je retiens les choses, comme j’absorbe… Ainsi qu’une pierre de mémoire, ainsi que les murs d’une vieille maison où se sont succédés les joies et les malheurs. Tout est parfois si limpide, et tout soudain si flou!
C’est comme une boule de granit, ronde, et de deux fois ma taille, brute et rugueuse, que je pousserai toujours devant moi, et qui m’importerait plus que moi même, et qui serait mon véhicule, mon moteur, ma force et mon bourreau.
Et cette boule de granit est comme une boule de neige, elle grossit à vue d’oeil, à mesure que j’avance…
Le hasard de la quête
La route que l’on suit, les gens que l’on rencontre, les phrases que l’on prononce, c’est parfois l’ego trip, on dit « moi je… ».
Et parfois c’est plus noble, ca dépasse tout ca transcende. C’est rare. Ca demande de l’énergie, du travail, de la passion et de la foi. Ca vous renvoie à la chanson d’Anis qui dit qu’il faut rêver…
Les mains sur le blackberry, dans le train vous menant vers une formation professionnelle qui va vous ennuyer une journée entière, alors qu’une journée entière vous auriez tellement pu faire… Mais rien ne vient comme ca. Tout est un jeu d’équilibres, de vases communicants, tout est histoire de ying et de yang…
Munis de baguettes d’achillée et d’un gros bouquin millénaire, c’est peut être là chercher sa route: essayer de voir dans un enchevêtrement de mots au sens imperceptible un chemin perceptible, un moyen d’arriver ou l’on va, de s’en approcher du moins… Mais à la différence du chemin de voyage balisé, connu, celui de l’existence change en cours de route, il est muable, se transforme au gré des choix, des décisions qui sont prises…
Vous qui pensiez faire paris marseille, vous pourriez vous retrouver soit à melun, soit sur la grande muraille…
Le fantasme et la mi-moche…
Je suis dans le train aussi, et t’ai vu toi, là bas regardant d’autres filles. T’es avec une mi moche et tu n’es pas content… Potentiellement, elle est jolie ta meuf, mais si on la regarde, en fait, on voit que oui mais pas tout à fait. Elle a les mains d’un homme, ou les oreilles en chou fleur, ou une bosse imperceptible dans le dos. Vue de profil elle a une moustache transparente abondante, ou un oeil qui regarde à droite et l’autre à gauche. Toi tu rêves de la bombe! De celle qui est parfaite, qui a tous les canons de la beauté moderne. Tu crois qu’ainsi faisant, tu ne te lasseras plus.
Alors tu cherches du regard, celle qui n’aura pas un nez un tout petit peu trop large, créant ce défaut d’harmonie indéfinissable au premier abord, mais qui met mal à l’aise. Et alors tu trouves! Et, le bras autour de ta mi-moche, tu envoies des signaux à l’objet de tes fantasmes, en face de toi. Et elle t’ignore, et c’est bien normal, tu n’as pas le charisme pour lui plaire, tu es maqué mais en demande, tu te promènes avec un »chambellan du presque » en lieu et place d’une femme accomplie telle que tu la perçois.
J’ai un conseil pour toi: laisse tomber ta mi-moche, d’autres la trouveront belle, c’est une question de regard. Cherche toi celle que tu convoites, sois honnête avec ta moitié et avec toi même; ou alors fais toi à l’idée qu’au lieu d’une demi moche, tu es avec une demi belle !
La mère de Dario est très efficace!
Alors qu’elle essaie, sur son fils de dix ans, d’asseoir son autorité, la maman de Dario part du constat sans équivoque et tragique suivant: il refuse d’obéir. Il préfère courir entre les gens, faire des barres de métro un tourniquet improvisé, et crier haut et fort, méprisant avec innocence et malice les gens autour.
Refusant de le laisser dépasser les barrière sociales, refusant qu’il refuse de jouer le jeu des codes de la société, elle lui apprend à se tenir convenablement, à avoir un surmoi… Elle gueule pour qu’il comprenne, et, tant bien que mal, il comprend.
Je me dis en voyant comme nous nous comportons tous, sages, polis, rangés et frustrés, que la mère de Dario est tout de même très efficace!
Sublimation du quotidien…
Plus fidèle qu’une femme amoureuse, plus présent qu’une femme sangsue, plus âgé qu’une femme cougar, mon vieil Ipod 3g noir et blanc. Je ne m’en séparerai jamais. Il est comme un vieux frère, comme le sou fétiche de l’oncle picsou, il donne au RER un autre éclairage, résiste à tout, transforme en clip ma vie entière…
C’est lui qui donne à mes nuits leur couleur, lui qui me connecte aux artistes, et me libère du terre à terre du quotidien. Aussi important aujourd’hui qu’à pu l’être hier le baladeur à K7 auto reverse avec equalizer que Zaza m’avait offert. Comme on dit d’une souillou, « y’a que le train qui ne lui soit pas passé dessus ».
Il a tout subi, rap, variété, nouvelle scène, chanson baveuse…
Il a connu l’intégrale de François Pérusse, des émissions de philo de france culture, des livres audio, etc.
Au gré de tout, humeurs, temps qu’il fait, bons et mauvais moments, il était là!
Il motive mon écriture, déploie mon romantisme, aiguise mon désir de rébellion, et ouvre mes chakras. Il est le meilleur ami de l’homme qui circule, ainsi qu’un rat des villes, dans les souterrains de la capitale…
courir après les aiguilles…
Le temps fuit. Je n’ai jamais cru en l’éternité, mais l’éphémère vous revient tout de même parfois en pleine gueule, comme la balle d’un jokari qu’on oublie avoir lancé…
Ma mère a eu 60 ans, mon frère va partir en Inde pour un an, et à mon grand étonnement j’ai réussi à construire quelques trucs. Mais le revers de cette joilie médaille est que rien ne peut jamais rester comme maintenant. Je n’aurai pas toujours 27 ans, mon frère ne sera pas toujours un étudiant constamment disponible, et mes parents ne sont pas éternels. Mon coeur me dit que je n’ai pas envie de passer la barrière. Il me crie d’arrêter le temps, mais je n’ai pas ce pouvoir… Tout au plus le figer un moment en écrivant ce texte. J’ai toujours avancé vers demain avec optimisme et exaltation, même si demain, parfois, ressemble à un futur dans lequel je regretterai fort les moments d’aujourd’hui, parce que j’aime tellement vivre…
Les toxicos (inspiration du 14 février)
Il y a ceux qui cherchent à décrocher de la clope, de l’alcool, de la coke, du crack ou de l’héro… Il y a ceux qui cherchent à décrocher de l’autre. C’est pareil, ils font ce qu’ils peuvent pour se défaire, se retenant d’appeler, d’envoyer un sms, un mail, de « poker » sur facebook. Parfois ils tiennent bon, parfois ils replongent. Comme celui qui, après six mois, tire une taffe dans un joint, il y a ceux qui, six mois après, appellent pour demander des nouvelles. Ils le savent bien: aucun intérêt, aucun sens à cela, ils le font quand même. Ca les rassure, ça les ramène à leurs habitudes, au terrain connu, au café/clope d’antan. Comme quand on est au quick, qu’il y a un nouveau burger, mais qu’on a la trouille, et qu’on tape dans le bon vieux giant de peur d’être déçus…
On fête aujourd’hui les amoureux du monde… Aujourd’hui, la France va baiser. Mais pense-t-on aux amoureux déchus, à ceux qui cherchent leurs petits, alors qu’ils sont déjà loin, ceux qui poursuivent un idéal, à jamais disparu, mais qui y croient encore?
Kinder symbole d’évolution des sociétés…
Dans notre prime jeunesse, alors que nous étions en cours préparatoire, puis élémentaire, puis moyen, nous avions plusieurs chouchous. Un certain Ronald Mc Donald, grand clown en plastique qui nous disait bonjour à l’entrée de la fameuse chaîne bien connue. Non sans une certaine excitation, les mioches que nous étions étaient plus intéressés par les jouets type frite ou boisson robot qui se changent en personnage avec des pieds et des bras, à la façon des transformers, que par les hamburgers qu’on ne finissait jamais.
Et puis parfois, le soir, lorsqu’il rentrait du boulot, ou le samedi lorsqu’elle rentrait des courses, papa et/ou maman vous apportaient des Kinder surprise !! C’était chouette d’ouvrir le petit œuf jaune, et d’y trouver un petit puzzle, une mini catapulte, ou bien, le top du top : un homme grenouille à fabriquer soi même, avec lunettes, casque, etc.
Et puis, en vieillissant un peu, on s’en bat l’œil du jouet, et on ne désire plus que le chocolat. Alors surgissant de nulle part, Kinder Chocolat vient sauver vos envies d’équivalent de grand verre de lait… Intrinsèquement lié à cette dernière version du best seller de Ferrero, comme scotché à elle ainsi que de la patafix, il y avait ce gosse, le même, décliné en plusieurs versions :
Le pur produit de la cible visée par kinder. Le petit prince du chocolat a désormais 47 ans, et s’appelle Günter Euringer. Dents blanchies par la retouche photo, chemise de bon garçon, coupe de cheveux du bon garçon, et probablement les mères du monde entier avaient le désir secret de transformer leur progéniture en ce bon garçon, ignorantes par ailleurs du fait qu’on n’a pas des dents aussi blanches avec du chocolat.
Peut être en mangeant des kinder, les gros pulls mauves achetés chez C&A allaient-ils se changer en cols amidonné à rayures, bien repassé et sans faux pli ? Toujours est-il que les temps changent, et le petit aryen Allemand ne peut plus avoir la côte 32 ans après… Car cela fait 32 ans que kinder exploite cette photo, au point que les enfants du monde entier avaient l’impression d’avoir un vieux copain avec eux dans leur cartable…
Mais un copain de 47 ans dans le cartable d’un gosse de 11 ans, c’est tout de suite un peu tendancieux. Alors, pour aller avec l’époque, pour dire que les temps changent, pour montrer qu’on est ouverts vers l’extérieur, vers l’autre, qu’on tend la main à une cible marketing plurielle, on a changé les valeurs de kinder. Aujourd’hui, et on peut en trouver dans les magasins, les paquets de kinder ressemblent à cela :

Voilà un parfait exemple sociologique, une sorte d’excuse de l’enseigne. Ainsi qu’une entreprise automobile qui fait dans l’écologie, qu’un fabriquant de cigarettes qui investit dans la lutte contre le cancer, Kinder devient adepte du Bennetonisme, et colonise d’autres horizons…
Alors que Günter Euringer a perçu 150 euros en tout et pour tout, pour avoir consenti à mettre sa gueule sur tous les paquets de chocolat pendant 32 ans, le site internet de la marque propose un casting géant qui a pour objectif de trouver le nouvel enfant kinder. C’est ainsi que, flattées par l’idée de faire de leur mignon bout de chou un nouvel Euringer, des mamans de France et de Navarre envoient par centaines des photos plus ou moins réussies de la chair de leur chair. De quoi assurer la relève, et promettre des crises de foies à répétition pendant encore des années de plaisir…
Devenir lui… (200 ème article)
Parfois j’ai peur… La vie est une machine qui absorbe les hommes. Les rêves s’oublient bien vite quand vient l’heure redoutée de payer ses impôts. Ils deviennent accessoires lorsque, devenu cadre, on est promu à un bel avenir; un avenir corporate, avec un bon CE, des tickets restaurant, un treizième mois et des bonus. Sous mon blouson de cuir, mon écharpe à la main, mon piercing à l’arcade, j’ai peur de devenir… Peur de devenir lui. Lui, c’est cet homme dont l’unique fantaisie réside en sa cravate. Celui qui, lorsqu’il s’assied, doit écarter les jambes pour faire pendre son ventre, sinon il fait des rots. Lui vêtu en pingouin, dégarni sur le haut du crâne, qui lorsqu’il est assis, a l’ourlet de son pantalon qui remonte, et qui laisse apparaître de fines et disgracieuses chaussettes noires. J’ai peur de cet homme assexué, qui ne touche plus sa femme, et dont l’image imposante envahit l’avenir. Il semble dire « tu seras moi ». La malette à la main, il a une réunion demain et y pense aujourd’hui. Alors que demain est pour moi le plus lointain des événements, je me dis que peut être, un jour prochain, si le triste bonheur d’avoir un peu de chance devait me frapper de plein fouet, je prendrais le chemin de ce sombre modèle qui parsème d’amertume mon futur insouciant…
On se lasse même de la révolution…
Après le peuple Tunisien, c’est le peuple Egyptien qui offrait à son tour au mousquet de l’opression une poitrine généreuse, une poitrine qui disait : « allez, tire, je suis fier! ».
Et dans les rues du Caire, devant le parlement, se massent encore ce soir des milliers de personnes. « La révolution est comme une bicyclette. Quand elle n’avance pas, elle tombe! » Disait Ernesto Guevara.
Et alors que, comprenant cette maxime, la révolution s’acharnait à ne pas faiblir, il semblait qu’à paris elle avait disparu. Les titres des journaux étaient plus muets qu’un oeuf. Ils évoquaient tout sauf ca. Tout avait sa place, les réformes, les finances, Sarkozy dont le nom vient polluer jusque sur mon blog… Tout sauf la révolution. Comme si, à l’instar de ceux qui tiennent encore sur le front de la colère populaire, on mettait en pratique la vérité du Che: ne retranscrivons pas les nouvelles d’ailleurs, taisons tout et ainsi nous arriverons peut être à éteindre le feu. Et si elle n’avance pas, elle tombe! Ou alors les francais trop blasés, trop atteints d’hollywood et de téléfilms ne s’émeuvent pas longtemps de ce qui, même réel, peut être remplacé par des effets spéciaux. Peut être se lasse-t-on même de la révolution..?
c’est quoi la vie ?
Sorti de nulle part, comme la terre, inespérée, après un naufrage qui nous paraitrait ne plus vouloir s’achever autrement que par la noyade : le beau temps.
Alors qu’il allait de paire avec un week-end quasiment improvisé, décidé sur le tas par enchaînement de circonstances, ces trois derniers jours ont donné à la vie un sens que je conaissais déjà mais qu’il est bon de se rappeler aussi souvent que possible. L’instant!
L’instant seulement, lorsqu’oubliant le reste, nous ne sommes plus rien que nous mêmes, au soleil, à la campagne, au bord d’un étang, à arpenter la grève, à regarder la lune, ou encore les étoiles, à parler de tout, absolument tout, à renouer, avec soi, avec les autres, et tout ça en l’espace d’un instant, comme une brèche, dans laquelle en même temps que le soleil, viennent s’introduire aussi toutes ces couleurs et tous ces papillons qui font le monde.
C’est peut être là, reprenant en deux jours les 3 kilos qu’on avait durement réussi à perdre, pendant deux semaines d’un régime de carottes bio et de plats préparés « light », qu’on trouve un vrai sens à l’existence …
Et c’est tout bon! Tout bon d’avoir près de soi des gens qui nous manquent quand ils sont loin, de revoir la voie lactée et les étoiles, après les avoir si souvent perdues dans les rues de paris…
Même les deux heures de retard du train qui nous ramenait chez nous, la perspective de reprendre le boulot demain matin, d’entendre, à 5h30 sonner le réveil qui te dit « hop feignasse », et toutes ces petites contrariétés qui vous ramènent à la vie parisienne, ne sauraient effacer des mémoires ces trois jours pleins de soleil, que notre peau chante encore, brunie et moite, dans la douceur du soir.
Tomorrow is my turn…
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J’y reviens toujours. Le temps passe trop vite, l’existence est trop courte. Trop courte pour s’encombrer de faux semblants, trop courte pour jouer à des jeux, pour faire de la politique. La vie est précieuse aussi, trop précieuse pour se charger tellement de n’importe quoi, donner tellement d’importance à tout, faire des ulcères, ne plus dormir.
La vie s’atrappe, se serre fort, la chance va se chercher, le bonheur se cultive, l’esprit se cultive…
Il faut gouter à tout, baiser jusqu’à plus soif, écrire, parler, lire, rire, courir, faire ce qui rend vivant, et s’en rendre compte. Demain n’existe pas, hier n’existe plus, c’est aujourd’hui qu’on doit faire les choses, aujourd’hui que doivent se décider les événements, aujourd’hui qu’on construit les souvenirs de demain.
Il ne restera rien, à la postérité. Rien que des idées, des moments, des impressions de la poésie. Pourquoi porter des sacs si lourds, pourquoi être si pleins de soi, pourquoi ne pas juste se dépouiller de tout, et ne marcher plus qu’avec soi?
La vraie liberté, se connaître, savoir (et non pas « se dire ») qu’on fera ça, et le faire…
J’adore cette chanson!
C’est par où?
Elle s’insinue … Vous la sentez, d’abord tapie, comme un petit mal de gorge qui peut être deviendra une grippe, et puis, petit à petit, ainsi qu’un poison qui envahit votre organisme, elle vous prend tout entier, et vous lance. C’est la Torpeur !
C’est quand le ciel est gris, que vous n’arrivez à rien, et que l’immobilisme vous frappe…
Je connais bien ce moment, ce sentiment. C’est la mue.
C’est la mue, avant le retour du soleil, c’est la période de rien, avant de sortir de la coquille et de s’envoler, c’est le passage du vide vers le plein, Lao Tseu dirait « l’évolution du non-être vers l’être ».
C’est laisser quelque chose au profit d’autre chose, un truc meilleur que ce qu’on connait, des talents supplémentaires, des envies différentes, et perdre encore du lest…
C’est quand cette torpeur est là qu’on est en train d’apprendre, quand cette torpeur est là qu’on peut hurler, tout détruire, pour recommencer, mais en attendant, le néant…
« A défaut de nom, je l’appellerai Tao… A défaut d’autre chose, je le dirai Grand »
Combien de fois tomber sur le dos, glisser, suer, rater son coup et puer avant de réussir…
L’échec est une preuve de recherche, une étape vers la réussite, mais il vous prend tout entier dans une sensation d’écrasement, comme attiré vers le sol, comme scellant dans le marbre vos jambes déjà lourdes…
Et pourtant, primordial dans le Tao, primordial dans la vie, naviguer, encore, suivre le cheminement de ce gros poisson, agrippé à son dos, ne pas lutter contre, et ne pas non plus le laisser vous balader ou il veut: ne pas céder à la Torpeur.
Continuer, même si aujourd’hui on n’y croit pas beaucoup. Parce qu’on peut toujours se dire:
« peut être que demain… »
Viens mon beau chat…
Je suis allongé dans la nuit. Mon eee m’éclaire le visage; un chat noir ronronne sur mon dos. Il est étranger à ce monde, et ce monde lui est étranger. Tant qu’il en a besoin, me voilà devenu sa paillasse, et ça ne le gêne pas plus que ça. Il est tellement confiant qu’il ne peut qu’avoir raison! Nulle réalité ne vient se mettre entre lui et le rêve. Nulle pensée concrète…
Il n’a que faire du manque d’inspiration, se bat les couilles de l’ immobilisme ambiant, et ses croquettes sont là, qui tombent du ciel dans la gamelle par une joyeuse et inaltérable providence; nos sujets de préoccupation ne sont pas les siens… Ca me rappelle une chanson de Pow Wow. Que ferait-il si demain, on inversait les rôles? Qu’il devienne moi? et moi lui… Comme dans « Axolotl », la nouvelle de Cortazar.
Sans doute le pauvre chat regretterait-il le temps où l’ignorance l’aidait à dormir, sur le dos de celui qui écrivait, la nuit, les yeux rougis par la fatigue et la poussière, pour avancer encore, juste un peu, juste pour que l’ inertie n’ait pas tout à fait gagné…
pas tout à fait…
« moi vouloir être chat! »
Je cherche encore…
C’est là, tapi. L’écriture m’appelle mais je ne parviens pas à lui répondre. Comme un futur prêtre qui ignore s’il doit accorder à Dieu la faveur qu’il demande, je ne trouve pas le liant… Les mots se bousculent, tamponnent dans ma tête, tout m’inspire et rien ne vient. Je suis dans un train, a écrire cet article sur mon téléphone. A cet instant, ainsi qu’un militaire qui continue inlassablement, sous la pluie, à écrire une lettre qui disparaît à mesure sous l’effet de l’eau, je résiste, instant après instant, au furieux désir d’effacer ces lignes… Pourquoi ce besoin? Pourquoi cette pulsion permanente, bousculée en permanence par l’immobilisme… A pas de fourmis les mots du RER E se suivent, sans réel lien entre eux. Tout ce que je sais, depuis ce wagon sans clim qui arrive à gare du nord, c’est que je cherche quelque chose que je n’ai pas encore trouvé…
Un bout de pays
Dans les oreilles la musique de Frida, un bout d’Espagne ou d’Amérique du sud dans le paysage de gare du Nord que j’arpente, comme je l’ai fait si souvent… C’est revenu. Ce besoin d’aller voir le monde me prend de nouveau au corps, a la gorge, aux poumons… Il va etre temps de refaire de la vie une fête, de se remettre au travail, au vrai travail: le travail sur soi! Il faudra filmer, écrire, lire, et laisser le monde réel à ceux qu’il intéresse.
La réalité, aujourd’hui, je crois qu’on la fabrique…
J’étais versatile…
Ainsi qu’un vent vicieux…
La fumée du barbecue qui vous revient dans la gueule après que vous en avez fait le tour, c’était moi.
J’étais la raison pour laquelle vous sentiez la chippo grillée, ou la merguez ; j’étais celui par qui venait le coup de pute…
J’aimais ça.
J’ai bâti ma carrière sur le socle solide de ce genre de chose, j’ai grimpé les échelons de la société moderne comme cela, en piétinant celui qui n’avait pas la force ou l’envie de se de défendre.
Aujourd’hui, c’est moi qu’on piétine, sans aucune grâce, sans aucun respect pour ce que je suis, ni pour ce que j’ai bâti.
Je ne peux même pas dire que c’est injuste, non je ne peux pas, j’ai contribué à ce que perdurent ce genre de pratique. Ils ont bien essayé de s’élever, de dire que ce n’est pas normal, que le mérite est mieux que l’esbroufe, que le talent se récompense, mais pensez vous ! Ca fait longtemps qu’on n’en est plus là ! Ca c’était le projet de base, aujourd’hui il suffit simplement de montrer ce que vous faites, de signer ce que vous faites, et d’être assez connard.
J’ai suivi l’exemple de notre président, j’ai glorifié l’ultra libéralisme, ri au visage des syndicats, les insultant au passage, crachant sur l’histoire sociale qu’ils revendiquaient, pauvres merdes d’un autre temps, les traitant de vieux communistes dépassés dont la démesure dispute à la folie.
Et voilà, aujourd’hui, 60 ans, pas de retraite, et pas d’avenir parce que personne n’engage des vieux et que ma boite m’a simplement remercié pour mes bons et loyaux services.
Mes enfants ont du mal à joindre les deux bouts eux même, et de toute façon ils ne m’aideraient pas, c’est moi qui les ai éduqués… Mon appartement, c’est ma femme qui me l’a pris, elle a refait sa vie dedans, avec un nouveau mec, qui, lui, ne s’est pas fait avoir par le système. C’est un plus riche, plus méchant, et plus intelligent que moi…
Et je ne peux même pas dire que c’est injuste, ni trouver quelqu’un qui m’écoute me plaindre, comme ils le font tous sans comprendre qu’ils ont été la source de tous leurs maux…
J’étais un arriviste en 2010, je suis une merde en 2045 !
Sick sad nose…
J’avais un bouton sur le nez.
Quelque chose de gérable, qui se voit si on regarde bien, mais qui passe inaperçu si on ne vous le dit pas, un peu comme un petit détail obsédant qu’on aurait dû ne jamais vous souffler…
Alors, confiant, j’ai entrepris de le percer. Mon acte d’auto chirurgie s’est soldé par un échec cuisant. Je me suis lacéré la peau, griffé l’ épiderme, et ce qui était un petit spot pas très lumineux s’est transformé soudain en ce qu’on pourrait qualifier sans exagérer de pomme de terre à la place du pif…
La tête blanche qui siégeait à l’intérieur, telle la reine cléopâtre sur son trône d’égypte, telle Shaerazade au palais des mille et une nuits, est bien entendu toujours là. Je n’ai jamais compris les boutons… Tant que vous ne faites pas sortir la petite partie blanche et dure de son logement, le bouton repoussera, ainsi que l’hydre des marais. C’est comme prendre le roi d’un jeu d’échecs. Bref j’avais rendu la situation de « tolérable » à « pire que tout ».
Cela peut être rigolo de prime abord, mais pas quand on apprêtait à aller à la poste, à la banque, faire les courses, et sur paris.
J’avais un nez avant, j’ai désormais une entité à part, gonflée, rouge, et qu’Hergé aurait fait visiter à Tintin, en lieu et place de la lune, s’il l’avait connu du temps ou il a rédigé son double album. Le tarin endolori, petites tracasseries quotidiennes d’une vie de bourgeois paresseux, l’événement qui fait la une dans ma journée pourrie, ça fait quand même bien mal au cul.
Désespéré, j’entrepris donc de trouver un plan B à mon programme de la journée: regarder un film. J’achète souvent des dvd par bloc de dix, de films que je n’ai pas vus, et il se trouve que je n’avais pas encore vu Seven.
Ce film m’a amené à ce parallèle saisissant: mon nez c’était Brad Pitt, et moi Kevin Spacey… Et dans le film, Kevin Spacey fait du mal à Brad Pitt…
Evidemment rigoler de ma pauvre situation, c’est tout ce qu’il me reste, car me voilà cloitré chez moi le temps que la quille qui me sert désormais de blaze redevienne un vrai blaze. Je suis passé en l’espace d’une fraction de secondes de l’état de bogosse relatif à celui de modèle pour caricaturiste…
Si mon nez devenait une entité à part, dotée d’émotions, je pourrai avoir cette discussion avec lui:
« bouge pas je vais t’enlever ce bouton qui te casse le couilles
-
pas la peine, demain il n’y paraîtra plus!
-
Fais moi confiance!
-
Ben oui mais tu sais… AAAAHHHYYEUUH, putain fais doucement
-
il veut pas sorti ce bâtard!
-
Ouais ben t’es en train de me mutiler façon film d’horreur!
-
Ah le fils de pute! attend j’appuie très fort!
-
Nan nan c’est pas la p…. utain de ta grand mère mais arrête ça!
-
J’arrive a rien, je t’ai enlevé la couche numéro 1 de ta peau, jsuis directement sous épiderme et ce bouton est toujours là
-
Touche plus arrête le carnage!
-
Ok, ok, jmet juste un peu de parfum pour désinfecter… »
S’ensuit un hurlement indéfinissable et en choeur…
Sick Sad World!
Paroles mêlées…
Ton étoile te protège, vieux! Sois patient, tapi et attends! Ainsi que le ferait un grand alligator. Quand la chance est là tu l’attrapes. Si la chance est mauvaise tu la laisses filer, si tu ne la laisses pas filer, ta bonne étoile la fera filer, et autre chose te viendra, si tu es patient, aux aguets, concret…
Prends chaque événement comme une lecon de vie, prends chaque chute comme une bénédiction: c’est simplement parce que la route n’est pas la bonne qu’elle t’est refusée; apprends que c’est l’ordre des choses, et plus que tout, aie la foi: la terre, le vent, l’air que tu respires, l’instinct, l’aura du monde, ce que tu sens voler autour de toi, sont tes parents. Nulle amazone ni divinité concrète, ressens tout! Sois comme un chat qui croit en lui, qui s’adapte à sa vie, et qui, jamais malheureux, ronronne et puis s’endort.
Apprends qui tu es. S’ils le veulent, explique leur. Explique leur, non pas qui ils sont, car jamais tu n’en sauras rien, mais enseigne leur qu’ils doivent apprendre qui ils sont, et puis ensuite, le devenir. Et toi aussi, deviens qui tu es, sinon c’est que tu le nies.
Et si le sens de tout ceci t’échappe, reviens à moi plus tard, je te redirai cette histoire, l’histoire de l’homme qui a cherché, et qui a trouvé qu’il a encore tout à apprendre…
Pluie d’été
Elle bat comme un coeur. Elle est vivante, violente, elle vibre pour dire qu’elle existe, et qu’elle fait vivre la terre. Elle a plus de charisme qu’un comédien de l’Actor Studio.
J’aurai du mal, un jour, malgré tous les soleils du monde, malgré la douce magie des plages des caraïbes, malgré les horizons qui s’éteignent au crépuscule sur la mer tunisienne, à ne pas trouver la pluie d’été, faisant briller le goudron torturé, plus sublime que tout en ce monde…
matins d’été…
»Il me reste trois sous, on va aller se les boire chez la mère francoise… Il me reste trois sous, et si c’est pas assez il me restera l’ardoise… »
[J.Brel]
Le matin très tôt, le monde n’a pas la même couleur. Le matin très tôt, auquel je suis familier, semble comme un constat. Le train, vide ou presque charrie les passions vécues de la nuit qui se meurt. Les restes d’une ébullition nocturne adolescente, la nuit trop courte d’un ouvrier, le voyageur qui s’en va, emportant de grandes valises, et de grandes cernes avec lui, prendre un avion ou un tgv. Le matin très tôt, les lumières des souterrains semblent éclairer chacun sur lui même: c’est le bilan fatigué, l’introspection brumeuse…
Identifier les circonstances qui vous ont mené là, près de ces êtres endormis, qui sortent de boite ou reviennent d’un anniversaire. Un purgatoire hebdomadaire dont on sera sorti en sortant des gares, pour retrouver la douce morsure de la fraîcheur de l’aube, et observer le lever du jour sur le silencieux matin d’été.
Alors rien n’aura plus vraiment d’importance, sinon le vent et la lumière du soleil.
Au delà des paradis artificiels qui font bouillonner et vous tiennent en haleine, le matin très tôt n’existe peut-être que pour ces quelques minutes d’extases, pendant lesquelles dieu vous regarde…
Y’en a qui peuvent… (suite)
- aller à lidl et payer avec une carte gold
- chercher la merde à un gitan
- acheter une baguette avec un billet de 50 euros
- demander un doggy bag dans un resto à volonté
- mettre qu’ils font de la boxe thai et de l’ultimate fighting dans leur CV
- rouler en solex
- manger des cachou
- habiter Melun et aller à pieds à Paris
- regarder le tour de France
- enregistrer le tour de France quand ils ne peuvent pas le regarder
- offrir des godes à un anniversaire
- demander leur chemin à des touristes
Trop de foi ?
Les musiques, les couleurs, qui se mélangent bien trop…
Un flou directionnel, une tornade. Incapable de communiquer, alors se taire.
Le silence…
Le silence bercé par les musiques.
Ils chantent tellement mieux que je ne parle.
Je ne sais pas dire, je ne sais pas faire, j’attend, en espérant que l’on comprenne ce qu’il y a au fond, mais on ne comprend pas, comment le pourrait-on ?
Je suis à moitié fou!
Pourquoi j’agis, pourquoi je n’agis pas, pourquoi je regrette, pourquoi j’espère, pourquoi j’attends tout, pourquoi je n’attends plus rien….
L’oscillation permanente, entre l’optimisme acharné, et le pessimisme débordant.
Pourtant toujours j’y crois ; trop de foi ?
Pétrir sa vie, son monde, vouloir voir du bleu dans le ciel rougissant, et dire « mais si c’est possible », peut-être bien que ce n’est pas possible…
Imaginer s’envoler, haut loin…
Dépasser les étoiles, dépasser le lointain…
L’intemporel était venu me rendre visite, me replonger dans une mélancolie sans limites… Errer, toujours, seul au milieu de tous, seul avec soi pour compagnon, seul à gérer mes soupirs, à me sentir bête de n’envoyer se faire foutre les principes et la morale… Il arrive qu’on foire ce qu’on pourrait réussir.
Il manque parfois bien des choses à un homme, et parfois il ne lui manque rien, mais la vérité la plus immuable, c’est que se sentir seul est toujours une dynamique…
Ou étais tu?
« Ou étais tu depuis tout ce temps?
- ici et là, jamais très loin…
- depuis quand?
- depuis toujours je crois!
- depuis ta naissance?
- avant ça…
- et ça fait quel effet?
- Je sais pas, c’est dur, souvent ça fait mal…
- mais tu laisses pas filer?
- non ce serait pire, fatiguant, puis inutile aussi!
- comment ça?
- certaines choses sont gravées dans le marbre…
- depuis quand?
- depuis toujours, je crois…
On ne peut pas tout laisser filer. La neige recouvre, mais ne détruit pas, le sable fait des dunes, mais dessous, il reste ce qu’il reste. Tu sais, des fois c’est plus fort que soi. Tu es lié, et ce n’est ni par un contrat, ni par un accord, ce n’est ni par des codes, ni par le sang… Surtout pas par le sang, parce que le sang peut être souillé. Le lien, parfois, vient de l’âme. C’est là, au fond, intarissable, ça te porte, et ta plus grande peur, ça devient l’oubli.
- Tu dramatises! Tu sais ce qu’on dit! Né poussière, redevenant poussière…
- Peut être pas toujours… Parfois, peut être, c’est par delà la mort, et je préfère que ce soit ça. Se sentir unique, se sentir vivre à travers d’infimes moments, d’infimes soupirs et respirations, se sentir unique et décupler tout, avoir envie de hurler de désir, et de rage, d’emporter loin, loin, ce coffre plein de trésors…
- Ce que tu racontes, c’est pour moi du chinois!
- C’est du chinois pour beaucoup de monde… Il s’agit moins d’être unique que de se sentir unique.
- Toi et ton baratin! Moi je décroche!
- On croit qu’on décroche, mais on décroche jamais!
Demande à un toxico de décrocher de l’héro, à un boxeur de décrocher de la boxe, ou à un fonctionnaire de décrocher son téléphone, et préviens moi si une de ces choses se produit… »
Trouver…
On cherche par la marche à trouver qui on est, on cherche par la marche à trouver où l’on va…
Il y a deux genres de personnes. Il y a ceux qui marchent, et puis ceux qui s’arrêtent… Au pied de ceux qui s’arretent, enterrés sous les couches de calcaire, de cobalt ou de zinc, enterré sous la craie, sous la terre et les arbres, loin dessous: leurs reves. Remplacés, bazardés, envolés… Des années de cyclones, de raz de marée, de tempêtes de sable. Confortables, ventripotents, aisés, assis sur du teck, ils ont enfoui profondément ce qui les porte, loin au fond. Et quand ils passent, ceux qui marchent encore, on les raille… Ils ont les bras chargés de leurs envies, de leurs rêves, et ont préféré abandonner le reste à la providence… On se fout de leur gueule, parce qu’ils sont en slip; mais chargés de leurs rêves, ils avancent quand même, portés par l’horizon. Ceux qui s’arretent n’ont rien compris, ceux qui s’arretent ne sont pleins que d’eux mêmes… Leur ego en a fait des chimères hideuses et sans avenir. Il y’a les roues et puis les freins, c’est tout…
Dans l’obscurité mourante…
Les soleils du matin et les lunes du soir brillent sur les travailleurs courageux. Ceux là meme qui restent éveillés lorsque tous sont couchés, ceux qui veillent sur vos nuits, sur vos trains, sur vos lignes électriques, ceux qui nettoient les bureaux dans lesquels, parfois, vous bossez…
Ceux qui, dans l’ombre, le manteau de la nuit sur le dos, résolvent pour vous des dizaines de problèmes qui, des dizaines de fois, auraient pu vous priver de vos trains, de votre douche chaude, d’un incendie… Le soleil du matin n’est pas levé lorsque l’homme qui vous vend du pain travaille à le fabriquer…
Le tramway du matin filera longtemps encore, tant que celui qui le conduit le conduira, pour vous pour moi, et c’est ces gens là dont on dit qu’ils coûtent cher au pays, lorsqu’ils demandent, pour vider vos poubelles à 5h30 pendant que vous ronflez, pour livrer votre courier, à vélo, sous la pluie, qu’on les paie un peu plus cher, lorsqu’ils demandent, de temps en temps, à pouvoir se reposer de vous…
* photo – Fabien Dion – http://www.beufa.fr
Fumer tue?
Ils partent parfois, en disant « je vais chercher un paquet de cigarettes » et ne reviennent jamais. Ils abandonnent. Ils laissent tout en plan, à la charge de ceux qui restent. Un jour, 20 ans après, on apprend que leur trace a été retrouvée, quelque part au mexique, ou dans un archipel…
Bien sûr ils démissionnent, et bien sûr il ne faut pas…
Il ne faut pas mais quand même, c’est un peu tentant parfois, d’aller chercher un paquet de cigarettes!
Trop sensible…
Parfois les émotions sont plus fortes que vous, et semblent secouer vos os, vos entrailes, tenir vos mains, les serrer fort…
Chez certains cohabitent force et hypersensibilité. Un cadeau empoisonné que vous donnent les dieux, un cadeau
accompagné d’une petite carte: prends ça, démerde toi avec, nous on se la coule douce, ici au mont Olympe!
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Le soleil aide un peu…
Quand on essaie de mettre un pied devant l’autre, de lutter contre nos démons, contre nos propres immobilismes, le soleil aide un peu…
La lumière au sens propre, aidant celle au sens figuré. S’apaiser.
Etre plus calme encore, plus patient, plus fort.
Moins atteignable, plus courageux. Affronter encore le courant qui nous renverse…
Le vent, l’eau, les vagues, tout ça n’est pas grand chose, tout ça n’est pas si grave, si le soleil aide un peu…
Sociologie appliquée: les hôtels de standing anglais
Il se trouve que, faisant un tour chez les rosbifs, je me suis retrouvé à prendre un english afternoon tea dans un grand hôtel de standing anglais. Un english afternoon tea, dans un grand hôtel de standing anglais, en fait c’est le goûter. Mais attention, c’est ZE goûter! Le truc qui se fout pas de vous. Déjà le personnel qui vous sert le goûter est tiré à quatre épingles. Dès l’entrée, et malgré le repoussant t shirt basket que j’arborais (si j’avais su j’aurais mis un pince et une chemise mais jme suis dit pour un goûter…) l’accueil est impeccable.
Un gentlemen souriant demande s’il peut nous aider? S’ensuit l’annonce de la réservation, un coup d’oeil discret à la liste pour vérifier si le client est un mytho, ce après quoi de jeunes gens souriants, tout de costumes et tailleurs vêtus, vous guident vers une table toute prête, et vous invitent à vous asseoir dans de grands fauteuils. De là, premier constat violent pour moi: j’ai des lacunes énormes! L’étiquette! J’ignore tout de comment il faut se comporter dans ce genre d’établissement. Je n’ai pas fait l’école hôtelière, et la galanterie a beaucoup de secrets pour moi.
Une hôtesse cependant, hautement polie, prend les devant, et met sur vos genoux une serviette qu’elle a auparavant dépliée…
J’ai envie de dire qu’il y a du perspicace dans l’air, parce qu’ils auront du bol si je ne renverse pas un truc dans le courant du repas. Sur la moquette si je suis dans un jour de poisse, sinon au moins sur mon pantalon et/ou tisheurt. Mais, imperturbable et confiante, elle apporte votre goûter. Il s’agit d’un plateau à étages. Etage du bas des sandwichs variés de standing, facon pain surprise. Certains au saumon, d’autres au jambon de pays, etc. Etage du milieu des scones, sortes de petites brioches typiques anglaises. Étage du haut des desserts variés. Tout cela, pour le prix (37 livres), est servi avec du thé. Deuxième constat: c’est cher le standing! Mais non, m’apprend-on! C’est à volonté! Ouahhh! Du standing à volonté! Moi qui suis habitué au flunch et au restaurant chinois (voir article connexe)…
Mais comment ca marche le standing à volonté? Déjà je ne vais jamais oser déranger les hôtes et hôtesses pour demander une seconde tournée de petits sandwichs et de desserts, en plus j’ignore tout de la manière…
C’est quoi le code pour demander aux cuisines de faire péter une autre série? Déjà l’étiquette en francais je suis plutot pas calé, alors en anglais!
C’est un coup a se retrouver dans un duel au pistolet ancien, derrière une église, avec un chapeau haut de forme sur la tete, assisté d’un témoin anglais muni d’une plume et d’un registre, parce que j’aurai offensé quelqu’un en oubliant une formule ou une révérence…
Mais le standing moderne c’est hyper classe! à peine la série de petits sandwichs surprise engloutie, une hôtesse (toujours la même en fait) se radine et reprend l’assiette vide.
Une minute après elle revient avec une assiette pleine, et vous dit même merci! Alors que je me dépatouille de mes parts de sandwich avec ma fourchette, ne sachant d’aileurs pas si l’étiquette permet de manger son pain surprise avec les mains, comme un sandwich normal, ou si c’est un manque qualifié de tenue et d’éducation; soudain -aussi soudain que puisse être un anglais- un monsieur va s’asseoir au piano à queue qui trônait dans la salle…
Je pensais qu’il était désaccordé et qu’il était juste là pour la déco. Mais le monsieur commence à jouer, il reprend les standards du jazz, et les joue avec des expressions faciales passionnées; il joue comme s’il était transcendé, alors qu’il s’agit de titres ultra connus, grands public, et qu’il fait ca peut etre dix heures par jour…
Petit constat, même dans un établissement de standing anglais, je crois sincèrement que jouer dix heures de piano par jour me ferait péter un cable. Je finirai par reprendre les vieux standards des chansons paillardes… »La grosse bite à dudule » viendrait s’élever de l’instrument pour emplir la pièce chaleureuse en acajou.
Toujours est-il que cette ambiance d’un autre temps vous plonge dans la vie courtoise de la noblesse d’il y a cent ans. Pendant quelques instants, hors du monde et de vos habitudes, plongés dans une atmosphère chargée d’histoire, vous vous sentez comme un duc, ou un lord. Des envies de chasse à cour, de cornemuse et de compter fleurette vous prennent. Loin du flunch purée pates sauce au poivre, des plats vapeur, nems et brochette de poulet à 9 euros, quelque part au coeur de londres, vous vous retrouvez à voyager dans le temps!
Chronique: Zaz
Naturellement la religion qui plaît le plus à un chroniqueur qui adore les hasards de l’existence, est celle qui consiste à dire qu’on revient dans ce monde régulièrement, après avoir bien vécu. Ainsi l’idée d’avoir la possibilité d’accomplir sans arrêt tous ses rêves devient une réalité éternelle, un paradis sur terre qui a quelque chose de jouissif. Et si la quête de preuves de l’existence de la réincarnation hantent les nuits d’insomnie, en voilà une : Zaz.
Chez les rosbifs…
Chez les rosbifs…
Londres, capitale européenne, semblable mais différente de ses soeurs jumelles.
Ville animée oú l’on peut voir en vrac:
Des boutiques de luxe, des galeries, des produits de grande consommation, des bus rouges, big ben, l’architecture de la renaissance, baker street (là ou habitait sherlock holmes) le tower bridge…
On peut en vrac: exercer son anglais, acheter un nouveau piercing, trouver un livre d’écriture, visiter les boutiques hippies, manquer d’acheter un tisheurt et un sac, prendre le gouter dans une église, servi par de vieilles paroissiennes qui ont fait elles memes les gateaux…
Londres, peut-être le pays le plus capitaliste après l’amérique.
Outre manche accessible, par un train, qui est dans un tunnel, qui est dedans la mer. Londres, la mégalopole ou l’on peut s’acheter 40% d’un appartement, voir une comédie musicale à guichets fermés, choisie parmi une douzaine d’autres à l’affiche, trouver encore des punks, choisir sa place dans un starbucks, manger du poisson et des frites, nourrir des écureuils dans les parcs, marcher au bord de la tamise, se croire un peu à amsterdam, manger des haricots blancs, des saucisses, des oeufs et des frites au petit déjeuner, traverser des demeures qui ressemblent à des films, voir braveheart en vo non sous titrée à la télévision, descendre dans une station de métro qui s’appelle picadilly circus, voir des magasins de thé de luxe, ne pas se battre pour une place de métro, croiser des gens courtois, faire les soldes, payer en livres, appeler les livres des pounds, changer ses pounds en euros, dépenser les euros changés au duty free. A londres il y a des gens accueillants au delà de ce qui s’imagine, des tickets de métro a 5 euros, quelques vélos, des chinois qui vendent de la paella, des salles décorées à l’egyptienne, des boutiques qui s’appellent luxury, des fast food bio. A Londres le bio s’appelle organic, ils ont un supermarché organic de deux étages, tout fait deux étages d’ailleurs. Les magasins de vêtements, les magasins de thé, même les marchés.
A Londres on s’attarde devant les boutiques à touristes qui nous font chier à paris. On en a mille des Tours Eiffel, mais des mini austin en porte clé, ça c’est rare! On peut prendre un magnet pour mettre sur le frigo, en forme de bus, ou de cabine téléphonique, entrer dans un bus, ou une cabine téléphonique pour le fun, sans nulle part ou aller ni personne à appeler.
A Londres on peut voir à 10h la relève de la garde, mais qui se lève avant 10h?
A Londres, on parle en A.M et en P.M (avant midi / après midi)…
On peut trouver des chaussures à son pied, on peut trouver aussi des anglaises et des anglais, des touristes surtout, des touristes jap, ou français.
A Londres on trouve du soleil, même si on pensait que ça n’existait pas là bas. On trouve des musées, qu’on n’a pas le temps de visiter, des cathédrales, mais qui sont fermées, et on marche, beaucoup, dans la lumière de la métropole…
Chronique: Aube Lalvée
Il est difficile de catégoriser Aube Lalvée. Lancinant est l’adjectif qui vient en premier à l’esprit, mais du lancinant doux, quelque chose qui vous enveloppe d’ombres et d’impressions fugaces, comme une fumée dont on ne sait si elle va vous étouffer ou vous faire partir dans un délire nouveau…
feel secure

Le terrain n’est pas balisé. Il ne le sera jamais…
Depuis l’instant ou l’on prend notre envol, jusqu’au jour ou l’on quitte cette vie, on fait du hors piste.
On ressemble à ces alpinistes qui accrochent leurs cordages à mesure qu’ils avancent. Au dessus d’eux l’immensité du pic, au dessous l’immensité du vide. Patiemment ils plantent de petits piquets dans la roche, sans être vraiment certains que ça ne cèdera pas en cas de chute…
La vie est pareille à tout ça.
Cela fait son charme, autant que cela terrorise ; et la peur des gens se matérialise par ce qui n’existe pas : la sécurité.
Les gens, on les retrouve à planter dix, douze, quinze piquets au même endroit, et ils se disent « jpeux plus tomber ! ».
Pourtant, les dictateurs les plus prétentieux se sont fait couper la tête, les acteurs les plus talentueux ont fini dans des supermarchés, les rois les plus populaires ont été guillotinés, et les bandits les plus célèbres ont connu la prison …
Combien de cordes ont lâché sous nos yeux ? Pourquoi continuer, alors, à faire confiance à l’éternité ?
Il était une fois…
Il n’est pas le méchant de l’histoire, Coyote ! C’est le désert, il a la dalle, il répond à ses instincts normaux de chasseur. Il est intelligent, inventif, et il cherche le bonheur, comme chacun est programmé pour le faire sur cette planète.
Il peint une fausse route sur un rocher au milieu d’une vraie route, (il fait fausse route en quelque sorte). Un trompe l’œil parfait, qui en jette. Il se cache, et attend que l’oiseau de malheur dont il voudrait être débarrassé tombe dans son piège. L’oiseau de malheur, lui, ne sait dire que « beep beep ». Cela limite les discussion philo devant un chai tea latte, sur un fauteuil devant une table ronde…Et pourtant l’oiseau a de la chance. Il arrive à tout allure, traverse le rocher et continue sa route selon toute (in)vraisemblance. Alors Coyote se lance à sa poursuite, et se gamelle la tronche sur la pierre! Ca marche comme ça aussi dans le milieu professionnel. Il vaut mieux parader en souriant, arborer des couleurs pétantes, manger les graines qu’on vous propose, n’y connaître que tchi mais faire semblant d’être un as, plutôt que réfléchir, imaginer des solutions, créer des peintures…C’est le temps des cigales, pas celui des fourmis…
Ressources humaines
« Chaque émotion ressentie me donne envie d’exprimer les non dits, et que justice soit faite dans nos pauvres vies endormies »
Zaz
Pantomimes… voilà le mot. Vous êtes des pantomimes ! Vous vous cachez derrière des valeurs « nobles » vides de sens, des discours tout faits donnant l’impression d’une profondeur qui n’existe pas, d’une implication qui n’existe pas, et vous vous permettez tout. Vous osez tout, et c’est bien à cela qu’on vous reconnaît ! Vous osez appeler les autres « des ressources » remplacer les ressources pour les raisons des « besoins du client », faire savoir aux « ressources » qu’une amélioration de leur attitude professionnelle est nécessaire, et ces « ressources » d’acquiescer doucement, lassés et lascifs…
Les ressources aussi sont des Pantomimes.
Accrochés à leurs petits stress quotidiens, comme des galériens au garde à vous dans les cales d’un bateau, pendant que le capitaine (vous) passe avec un fouet, les regardant de travers. A celui qui se fera remarquer, ou demandera quelque chose : la menace du fouet. Alors ils acceptent, se taisent, rêvent à des lendemains meilleurs, vous maudissent, ou attendent d’être forts…
Vous êtes tous là, à jouer au casino, et votre société c’est la banque. Vous misez sur des chevaux, faites vos pronostics, tentez des coups de bluff, pour faire la baraka…Vous savez ce qu’on dit ? La banque gagne toujours !
Et puis le mensonge a ce défaut de faire vivre le menteur dans l’inquiétude permanente qu’on évente le secret. Bien des hommes qui trompent leur épouse vous le diront. Rien ne reste enfoui bien longtemps. On verra bien un jour que votre fouet est fait de matière friable, ou encore que vous ne savez pas vous en servir. Alors ce sera la mutinerie. Le capitaine du navire, ne sait pas manier le gouvernail, c’est toujours le second qui s’en occupe. Vous ferez appel au second pour qu’il vous aide, mais votre second, cela fait bien trop longtemps qu’il attend dans l’ombre de prendre votre place.
Il ne bougera pas le petit doigt, il vous regardera mourir, les yeux sévères, notant vos incapacités, persuadé qu’il ne reproduira pas les mêmes erreurs. Au moment même de cette mutinerie, il est déjà votre remplaçant, il est déjà le futur chef…
Vous perdrez, tôt ou tard, les batailles que vous menez, parce qu’elles ne sont pas justes, parce qu’elles sont motivées par l’égoïsme, et que l’égoïsme est un mauvais payeur…
A 5h30…
C’est l’heure à laquelle, demain, mon réveil va sonner. Demain, encore, comme ça m’arrive bien souvent, je me lèverai, pour me doucher et partir. Mécaniquement. Mes sens, alors, sortiront vaguement du sommeil. Ainsi qu’un chat qui s’éveille, et s’étire, mon esprit s’envolera de nouveau réfléchir à ce monde. Essayer d’y déceler quelque chose de valable, d’exploitable. L’idée d’un récit, l’inspiration d’un rayon de soleil matinal…
A l’affut d’une scène de crime qui aurait lieu devant mes yeux peut être ?
Je vois d’ici le truc, un homme avec une grande hache, un imper et un grand chapeau poursuit une jeune fille, pour une raison que j’ignore. Les portes du Tramway se referment, alors qu’elle arrive en courant, vite, très vite. Malheureusement, à la faveur de la chance des tueurs en série expérimentés, qui savent faire concorder les éléments pour que le suspense trucide toujours le personnage secondaire, elle se heurtera à une machine qui démarre son mouvement, et dont les portes sont hermétiquement verrouillées…
Alors elle frappera à mon carreau vigoureusement, le stress aidant, l’instinct de survie la poussant dans ses derniers retranchements. Je la regarderai, sans comprendre, les yeux ouverts de panique, et une flaque de sang viendra gicler sur le carreau, mettre fin à ses hurlements que de toute façon, depuis l’intérieur de mon wagon climatisé, je n’entendrai pas.
S’ensuivra une enquête de toute une vie, parce que, marqué par le regard éperdu qui m’aura transpercé, le sommeil ne me viendra jamais plus. Je finirai par trouver et mettre en prison cet homme sans cœur et sans remords, et m’en irai dans le petit matin frileux, mon vieux, une musique dramatique derrière le dos, et le chemin de la destinée devant moi…
Il peut se passer tellement de choses, à 5h30…
La bonne parole…

fixez les trois points 30 secondes puis fermez les yeux et regardez ce qui paraît dans le noir
A 6h30, mu par une énergie qui tient de la transe mystique, un homme s’est levé au milieu des gens, et a pris la parole. Il a prêché. L’évangile de Jésus. Il venait nous annoncer la bonne nouvelle. Dans le rer B, train pourri qui charrie des destins pas faciles, on a besoin de bonnes nouvelles…
Là c’est plutôt important d’ailleurs, il nous a dit que Jésus est parmi nous. Je me suis tourné et retourné, j’ai vu des Indiens qui discutaient en tamoul, un monsieur avec un baladeur, une dame endormie, mais pas Jésus.
C’est sans doute allégorique…
Devant la perplexité affichée des gens dans le wagon, qui les poussait, de honte, à l’indifférence totale quant aux propos relatés, il nous explique : l’évangile est notre salut ! La mission de Satan est de nous pervertir, mais sa propre mission à lui est de nous avertir de cela, pour que nous puissions nous préparer à l’événement. C’est sans doute la raison pour laquelle il le fait dès 6 heures du matin. Pour que nous ayions le temps de nous retourner.
Personnellement j’apprécie le geste. Si Jésus apparaît aux yeux de tous à 14 heures, que personne ne m’a prévenu, je me retrouve pas rasé, habillé comme un sac, ça fait clodo. Là y’a de la bienveillance dans l’air.
D’ailleurs ça ne s’arrête pas là : il nous prévient formellement, ceux qui voudront se tourner vers la parole de Dieu APRES le retour de Jésus, les portes seront fermées ! Il faut le faire avant. C’est un peu un retour sur investissement. Choyer un petit vieux pour être sur le testament, ou faire beaucoup de muscu pour profiter de nos beaux abdos en été.
Aux impurs incroyants qui tabassent des kebabs tout les soirs, ils seront fort dépourvus quand Jésus sera venu.
La réponse est là devant nous : se bouger le cul ! Soyons tous dans les trains à 6 heures, mais pas pour aller travailler ! C’est précisé (j’ai bien écouté) : la place de Satan est en enfer, celle de Jésus est au paradis, et nous aurons tous le choix d’aller chez Satan, ou d’aller chez Jésus.
Cet homme, probablement, sortant de son wagon, se sent investi du vent divin de l’accomplissement. L’impression d’avoir fait quelque chose qui amènera l’humanité à s’éveiller, d’avoir fait ce qu’il a pu pour sauver le monde, et qu’au moins, dans la vérité, lui est certain que l’amour de Jésus l’envahit.
Il ne faut pas moins que l’amour de Jésus, je dois dire, pour avoir le potentiel énergétique d’aller déambuler dans les trains à cette heure ci, au lieu de dormir…
Sociologie appliquée: la salle de musculation
Devant l’évidente nécessité de ne pas laisser les années entourer mon ventre d’une éventuelle bouée de sauvetage, très utile en pleine mer, mais beaucoup moins quand on s’habille, et souhaitant reprendre le sport de manière semi intensive, je me suis inscrit dans une salle de sport de mon quartier.
La différence entre la salle de sport de quartier et la salle de sport privée, style Moving ou Forest-hill tient principalement à sa population. Au moving ou au Forest-hill, vous avez des gros qui courent et suent sur les tapis roulant, et qui tirent lourdement sur les machines prévues à cet effet.
A la salle de sport de quartier, vous n’avez que des baraques qui ne font rien d’autre que discuter. C’est d’ailleurs assez énervant, car c’est toujours les mêmes ! Les plus balaises du club. Les semi balaises, eux, se contentent de tourner autour des machines, et se balader dans les couloirs, espérant un jour faire partie des balaises. Lorsqu’on a un peu d’ego, qu’on est fiers, relativement du corps qu’on s’est forgé à force de foot, de vélo et de jujitsu, et qu’on arrive là, on se sent comme une crevette au milieu des calamars géants…
Alors qu’on pédale sur le vélo pendant une demi heure, qu’on soulève péniblement 50 kilos en développé couché, que 20 minutes d’exercice suffisent à nous interdire de soulever quoi que ce soit qui pèse plus lourd qu’un verre d’eau, c’est énervant de voir les plus balaises discuter et rigoler, arborant des débardeurs humiliants pour quiconque n’a pas cette carrure et essaie de les porter…
Il m’a fallu du temps pour comprendre : la musculation ne sert à rien, les machines les accessoires non plus, ce qu’il faut c’est discuter au fond de la salle. Là, en quelques mois, la masse musculaire se démultiplie, et on devient Golgoth…
J’ai croisé là bas un ancien camarade de classe de primaire. Il m’a expliqué :
« moi ça fait six mois que je discute, au fond de la salle, ça marche bien, j’ai perdu seize kilos et j’ai doublé de biceps et de pecs. Bon ça n’a pas été facile, j’ai commencé par me promener dans les couloirs et au milieu des machines, c’est progressif hein !»
D’ailleurs, étonnamment, lorsque l’on regarde le programme des cours c’est flagrant :
Lundi :
14h : débat, la dernière coupe du monde
16h : table ronde, les femmes d’aujourd’hui
17h : intensif (cours pour confirmés) sociologie appliquée : la salle de musculation
etc.
Et j’aime autant, parce que je suis meilleur en conversation mondaine qu’en développé couché !
(à suivre…)
Divin Michel
Quelque chose avait capoté pour Michel sur la fin de son projet, et son développement était en train de partir en couilles, mais quelque chose de bien.
Pourtant les premières étapes de son concours s’étaient déroulées sans accroc. Il avait même obtenu des résultats préliminaires excellent dans les premières phases de l’interro.
Il y a quinze milliards d’années, heure de début de son exam, il avait parfaitement réussi son big bang. Le mélange des particules s’était conçu correctement, tous les paramètres étaient valides. La création de l’univers s’était déroulée sans accroc, il avait apporté ses modifications au fur et à mesure, sous les yeux satisfaits du Jury. Un examen pratique qui lui avait donné bon espoir de devenir diplômé d’administration de systèmes… Et puis était venue l’épreuve de civilisation…
Michel faisait son footing sur la voie lactée, et réfléchissait… Pourquoi l’épreuve de civilisation était-elle un échec total ?
En théorie, il avait déjà assez de points pour réussir tout de même le concours, la plus grosse part étant la création de l’univers. En gestion de temps, la phase civilisation ne comptait que 4 millions d’années sur 15 milliards. Michel était malheureux! Ce n’était pas un mauvais élève, mais les autres ne le prenaient pas toujours au sérieux. Ils lui avaient donné un surnom rigolo, et ce surnom le suivrait sans doute même dans le monde du travail, vu la catastrophe qu’était devenue sa civilisation, car les nouveaux diplômés sont euphoriques et sont taquins…
A la faculté céleste, on le surnommait « God Michel ». Un surnom qu’il n’appréciait pas trop. Il pensait avoir inventé, via la mise en place de la propriété, et l’établissement d’un système primaire de troc appelé « argent » un concept révolutionnaire. Pour lui, une civilisation basée sur le principe de « chacun possède un truc » et sur l’échange par système universel (monnaie) ne pouvait qu’être en harmonie. Mais les populations avaient développé le facteur cupidité avec le temps et Michel n’avait rien pu faire pour enrayer cette dynamique. Même lorsqu’il avait cherché à recréer les conditions d’une vie harmonieuse, en proposant des prophètes et des religions pour guider, ou tenté d’instaurer un système politique différent, basé sur le partage et appelé communisme, les humains (la race intelligente qu’il avait crée) se focalisaient sur la monnaie, qui donnait accès au pouvoir et au luxe…
Il aurait dû prendre ce paramètre en compte, mais n’y avait pas pensé en préparant son expérience… S’il avait pu, il aurait insufflé plus de compassion et d’entraide volontaire aux hommes, mais les modifications internes au populations ne sont plus autorisées après le démarrage des évolutions de la race intelligente (imposée au programme). Seules les interventions extérieures (apparitions, anges, médiums) permettent d’aiguiller les masses. Il lui restait, pour se rattraper, et espérer la mention, à réussir la phase fin du monde, en 2012, qui concluera d’ailleurs également son expérience.
Ce qui l’inquiétait néanmoins était que sa civilisation pouvait bien avoir détruit la planète elle-même avant, événement rare, mais éliminatoire en gestion galactique…
Plan canicule *

* La compassion par l’enculade
Les chaleurs estivales ont remis à l’ordre du jour le plan canicule.
Il s’agit d’une technique similaire au plan vigipirate, mais ici le pirate c’est le soleil. L’état est très fort. Supprimant un de nos jours férié au profit des personnes âgées, il était parvenu à engranger notre pognon sans que personne ne réagisse.
Ainsi est-on parvenu à faire payer le contribuable parce qu’il fait chaud. D’ailleurs cette journée de boulot gratuite, ils en ont besoin pour laisser mourir les vieux…
En effet, protéger le bien être de nos vétérans, passait par le sacrifice d’un de nos innombrables repos du calendrier religieux au profit de papy, et mamie. Après tout, on nous le répète assez, nous sommes déjà privilégiés, par rapport aux anglais, aux américains, aux chinois, ou aux indiens…
Ce qui est étonnant, parallèlement, c’est le dé-remboursement de nombreux médicaments très chers, l’extension de l’âge de la retraite, le non respect du minimum vital pour les personnes agées, la privatisation progressive des hôpitaux, et qu’on ne demande aucun geste aux multinationales pharmaceutiques que ces mêmes vieux enrichissent, pour cet effort de guerre que tout un chacun devrait soit disant fournir…
On peut bien se consoler en se disant que si la canicule tue massivement des vieux, vu la moyenne d’âge de nos chers politiques…
Le canard digérateur…
Jacques de Vaucanson a inventé, voilà 272 ans, un canard digérateur :
« Le Canard Digérateur est un automate canard créé par Jacques de Vaucanson en 1738. Alors que les canards ne peuvent pas digérer du grain de céréales, ce canard mécanique cherchait à montrer comment il est possible de les métaboliser et de déféquer.
Ce canard artificiel de cuivre doré boit, mange, cancane, barbote et digère comme un vrai canard[1]. Les ailes étaient représentées, os par os, d’un mécanisme identique à ceux des vrais oiseaux. Il était possible de programmer les mouvements de cet automate, grâce à des pignons placés sur un cylindre gravé, qui contrôlaient des baguettes traversant les pattes du canard. »
Voilà 272 ans, Jacques de Vaucanson a été visionnaire. Il a crée de toute pièces ce que nous allions tous devenir dans la société moderne d’aujourd’hui: des automates purement mécaniques, contrôlés par des fils de marionnettistes, et libres seulement de métaboliser et de déféquer…Voilà 272 ans, Jacques de Vaucanson a fait ce qu’à fait Dieu: créer une entité à son image. Le vide des âmes et des esprits se ressent tellement fort aujourd’hui qu’il me semble être entouré, partout où je vais, de Canards Digérateurs…
Le Balcon – partie 1 –
Se sentir en phase avec soi même, avec les autres, avec le soleil qui brille ou ne brille pas… C’est souvent un bien grand défi! J’ai nettoyé mon balcon hier. C’est l’été, j’aimerais profiter de ce lieu sur lequel je ne vais jamais, pour boire un verre, ou peut être écrire, à la lueur de la lune, admirant la vue…
Sur mon balcon, je suis en guerre avec des pigeons qui vivent au dessus de la charpente, et qui font leurs besoins sur le sol, là ou je marche. Alors hier, comme si c’était le printemps, j’ai tout viré, et lessivé. Il y avait un nid. Un nid avec deux pigeons enfants, déjà grands, assez peut être pour voler, et surtout nicher sur un nid que je voulais virer. Armé de gants mappas, de sacs poubelles et d’une pelle, je leur ai donné un petit coup de balai. Ils ont voleté vers moi, mal assurés. J’ai compris que le jour du grand départ était arrivé. D’une ça me débarrasse, de deux je leur rend service. Le premier, suite à mes petites invectives au balai brosse, panique et passe entre les barreaux de pierre de ce vieux balcon 1920. Il n’a pas le choix, il devra faire le grand saut. Un peut comme un saut à l’élastique, ou quand on se jette dans le vide depuis une tyrolienne.
Je le pousse au cul, et j’assiste à l’éveil de l’instinct animal dans toute sa splendeur. Quelque chose de grandiose, dans ce moment, ou la chenille devient papillon. Etrangement ému par cette expérience, je m’empresse de recommencer : le second pigeon panique, mais j’ai hâte de voir cette panique se transformer en liberté absolue…
Le même shéma, l’oiseau s’envole et ne revient pas vers moi. Sa demeure aura bientôt changé, son nid ne sera plus, mais quelque chose d’optimiste plane avec cet animal…
Le Balcon – Partie 2 –
Ayant fini de nettoyer mon balcon, et les vitres, après avoir maudit les pigeons, et en avoir chassé quelques uns par mes cris, je m’attarde sur mon piège à rêves. Accroché là, il a pour mission principale d’empêcher les cauchemars d’entrer dans la chambre. Ayant attrapé beaucoup de rêves, et aidé par le vent, il est tout emmêlé…
Là encore, toujours ému par l’envol des oiseaux vers leur destinée, j’ai trouvé de la poésie à dénouer patiemment les différentes plumes qui ornent l’objet… Il fait jour, je suis enfermé dehors, je sais que les rêves ne pourront pas entrer planer dans la demeure. J’ai l’impression, à chaque fois que je dénoue un fil, de libérer un fantôme, coincé jusque là dans les fils tortueux de la mélancolie.
J’ai l’impression, en dénouant, de dénouer aussi les fils et les plumes de ma propre existence…
Gare de l’est…
Assis sur les sièges de métal vert, ligne 5, sur le quai…
Les métros se succèdent, les chansons aussi dans mon ipod, et je cherche à me comprendre. Un jour lumineux qui passe sur moi comme un dauphin sur l’eau. Les souterrains abrités, la lumière des néons, les gens sur le quai, et au milieu, tournant et retournant les moments et les mots, je cherche en titubant un éclat de magie, une impression fugace d’éternité au milieu des incertitudes…
Hors du temps… (Extrait)
Fallait-il qu’elle soit hors du temps?
Un charme magique lui avait été lancé. La peur, les dangers, les intentions mêmes semblaient glisser sur elle. Immunisée, simplement étrangère à ces passions qui n’étaient pas les siennes, elle dégageait la lumière sereine de celle qui ne craint pas le futur, parce que le futur n’existe pas. Etait-ce une sagesse innée, une force subtile, venue du fond d’elle même? Le sourire du soleil, la douceur de la lune, la fraicheur de la brise, et au loin, tout enfoui, l’amertume acide du sel de la mer…
Les choses étaient faciles, mais bien moins que l’épreuve. S’il pensait pouvoir arranger toutes les gammes, il avait là un casse tête à sa hauteur. Et ce qui n’arrangeait rien, c’est qu’il tomba instantanément amoureux du casse tête!
Les nouveaux druides…
Pourtant efficaces, et rarement inquiétés, les syndicalistes sont moitié craints, moitié pris pour des fous.
Cela tient-il à la télé, à l’imaginaire collectif, à quelques mauvais exemples, à des pseudos supermans ayant oublié leur slip rouge, comme la couleur du drapeau qu’ils arborent, ces néo-druides voleurs d’âmes? Pourquoi des druides ?
parce que ce sont ces guérisseurs dont on ne sait pas s’ils vont nous soigner, ou bien nous jeter un sort. Trouver une solution discrète à nos problèmes d’entreprise, ou tout faire exploser, à l’abri de leurs bunker d’immunité, sans se soucier des retombées…
Alors qu’il demande parfois simplement si « ça va ? », le délégué du personnel reçoit comme toute réponse une fuite exagérée, mêlée de peur, une réponse inquiète « oui oui ça va, aucun problème » avec un mouvement de recul. L’air de dire « cherche pas, creuse pas s’il te plaît, laisse moi gérer ma vie ! ». Ainsi qu’un mafieux qui poserait une question pour induire une réponse vicieuse, ou un de ces pestiférés qu’on voit dans les films du moyen âge et qui font fuir les passants ; c’est le méchant du western, à cause duquel on peut attraper une balle perdue, et qui fait qu’on claque les volets, et qu’on le laisse se débrouiller avec le vent et les buissons d’épines qui passent devant le cadre. Et lorsque, pesant sur vos épaules comme un lourd fardeau, vous vous laissez aller à lui raconter un peu vos malheurs, vous êtes morts de trouille lorsqu’il vous dit « tu veux que j’essaie de voir ce qu’on peut faire ? ». Là, les yeux exorbités, le manque de confiance, le stress que tout parte en couilles, l’impression d’en avoir trop dit, vous répondez « non non, ne fais rien pour l’instant, je préfère attendre de voir ».
Paradoxalement, raconter vos malheurs sur la place publique, au vu et au su de tous, et méprisant les conséquences et aux oreilles de qui cela arrivera, ne vous pose aucun problème.
C’est normal, le syndicaliste, potentiellement, va instrumentaliser vos problèmes, afin d’assouvir son idéologie vengeresse, et son désir de voir chuter le système. Il va donner votre nom, vous citer en exemple, comme celui qu’on envoie en première ligne, en lui disant « t’es un héros mec ! ».
Il n’est pas un contre pouvoir, le néo-druide, il n’est pas un élément nécessaire à l’équilibre de la démocratie, il n’est pas celui qui peut répondre pour vous de choses que vous subissez, apaisant le climat négatif dans lequel vous êtes, il n’est qu’un adorateur des conflits, et veut mettre à genoux le patron, l’entreprise, l’état, et instaurer sur le monde l’hégémonie d’un marteau et une faucille, avec l’aide de son complice de toujours, le juge du tribunal des prud’hommes.
Que cela vienne des employés qu’il défend lorsqu’ils ont besoin de lui, mais qu’ils abandonnent aussitôt après, car c’est le cousin qui pue, ou des patrons qui voient en lui le danger potentiel à l’élaboration de son plan d’enrichissement (aussi illégal qu’il puisse être), le syndicaliste jouit d’une réputation qui bloque son évolution interne, et le transforme en hérisson plein d’épines, qu’on n’approche pas mais qu’on ne nourrit pas. Il est, à lui tout seul, celui qui met son nez dans vos affaires, alors que vous vous faites tranquillement harceler moralement, sans rien demander à personne ; il est celui qui cherche à éveiller votre dignité, alors que vous souhaitez simplement rester dans votre coin, lâche mais à l’abri, dans votre petite cabane colorée ;
Le syndicaliste vous fait peur, pas parce qu’il remet en cause la façon dont les choses fonctionnent, ni parce qu’il espère un communisme strict dans le monde entier. Il vous fait peur parce qu’il souhaiterait un équilibre sain au milieu d’injustices, vous voir réclamer vos droits, sans avoir nécessairement envie de faire la révolution.
Il est des syndicalistes qui ne sont pas rouges, qui ne veulent pas que le monde change, ou ne croient pas que ce soit possible, il est des syndicalistes qui sont darwiniens, s’adaptent à leur environnement, tentent d’évoluer avec des droits sociaux, et qu’on croit assoiffés de malheur et de perversion.
Le syndicaliste vous fait peur, parce qu’il vous demande d’exiger ce qui vous appartient déjà, et que même cela, vous n’osez pas le réclamer…
Les brèves de comptoir
J’ai découvert chez ma grand mère, par hasard, et le lui ai volé, un bouquin de brèves de comptoir.
On s’étonne autour de moi, alors que j’en commence la lecture, que ça me plie en quatre de rire. On ne comprend pas, on ne trouve pas en quoi c’est drôle.
Qu’est-ce que j’y trouve?
L’absence de surmoi. Les brèves sont des phrases prononcées par des gens qui n’ont plus de limite. C’est parfois raciste, parfois stupide, désabusé, drôle, logique ou absurde, intelligent, mais tout cela sans filtre. Le fait de se retrouver autour d’un verre de vin blanc, dans un troquet, au delà de la dépendance à l’alcool, répond à un besoin d’expression que décidément on ne peut pas retirer aux hommes…
Avec une bonne dose de second degré, un amour des autres et de l’exagération on pourrait passer des heures chez polo, devant une bière, au milieu des vrais gens.
Là, on peut tout dire et entendre sans pleurnicher sur la morale, l’éthique, la bienséance.
C’est le royaume de l’indiscipline, la liberté d’expression poussée à son maximum.
(en italique le nom du bar – sources en bas de l’article)
La Harpe
Les écologistes, ils s’en foutent de la campagne, ce qu’ils veulent c’est faire du vélo dans Paris pour faire chier les taxis.
L’archiduchesse
Ca m’épate toujours le temps que les gens ils mettent à réparer un carreau.
Le gai laboureur
C’est un luxe d’acheter du poisson aujourd’hui. Ca vaut encore mieux d’aller directement à la pêche que de travailler pour en acheter.
Le carillon
Si c’est la télé qui fait les élections, c’est normal qu’on ait un connard.
Le Paillasson
La grèle, c’est une sorte de pluie paranoïaque.
Les pépères
Un con pareil, ça révolutionne le monde de la science!
Au Baby foot
Si c’est pas des pédophiles, c’est des alcooliques qu’ils recrutent, pour s’occuper des gosses…
Le clocher
Le roi des abeilles il est jamais là.
Le Bar Ba Papa
Quand on a pas de papiers on fait pas des enfants!
Café Piotr
C’est pas la peine de faire un ministère de l’identité nationale, ça se voit tout de suite.
Café des artistes
Plus français que le drapeau, t’as le Ricard.
Source: Jean Marie Gourio – Les nouvelles Brèves de comptoir
Le mensonge et la franchise
L’homme triste disait à cette femme rayonnante en face de lui:
« J’avais cela pour toute philosophie. Le mensonge était comme une seconde peau. Le déni aussi… Cela induisait le stress, le calcul, la peur… Ma mémoire a fini par me faire défaut. Je ne savais plus ce que je disais, ne savais plus ce que j’avais déjà dit, je me contredisais, comme empêtré dans des fils d’araignée. Je me faisais bêtement coincer. J’ai perdu, parce que le mensonge comme mode de vie, c’est comme une nuit au casino, on en sort plumé… »
Il déglutit, avachi, elle le regarde:
« tu vois ce n’est donc pas la chance qui t’a guidé?
- non, c’est illusoire la chance, ça n’existe pas…
- eh bien si, ça existe. J’ai adopté la franchise moi. Je défais les calculs en disant la vérité. La vérité, c’est comme ton casino: ça gagne toujours. C’est intouchable, c’est juste. Lorsque la vérité est quelque part, elle a l’endurance nécessaire pour qu’au final la lumière éclate aux yeux de tous. Et surtout, la vérité rend serein, la vérité rend libre…
Elle est apaisante et tranquille, comme la force du même nom… »
Elle tourne les talons et s’en va, il s’enfonce dans sa mélancolie.
Rajasthan
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La date du départ s’approche tranquillement. Cette certitude de s’en aller là bas, les billets étant pris, les accessoires achetés, les visas demandés, tout cela ressemble à une montagne russe qui grimpe à sa vitesse, faisant « clac, clac, clac, clac, clac… »
A mesure que j’achète un sac de voyage, des chaussures de marche, que je vérifie mes vaccins, je réalise ce qui se passe. Assurément la vie d’un homme, sa perception profonde du monde, de la vie, et des autres, change autant qu’il voyage.
La Tunisie, ancrée en moi profondément, comme une partie de ce que je suis, bien que depuis longtemps je n’y sois retourné, l’Irlande qui m’a changé dans ma façon de contempler, dans mon écriture et ma mélancolie, Cuba, gracieuse comme une femme élégante, a aiguisé ma perception du monde économique et politique, et aussi ma vision de l’immense ; l’Arménie, qui est littéralement tout pour moi, la Hollande où j’ai découvert ce qu’était la magie, la Pologne tellement digne, paisible et simple, l’Espagne, estivale, brûlante, impitoyable avec les taureaux, et si belle par ailleurs, l’Italie, l’Angleterre, la France même, Strasbourg, Poitiers, ou les villes médiévales comme le Blanc, aux ruelles de châteaux, qui sont chargées d’histoire…
On change en même temps qu’on découvre, au hasard des pulsions, des rencontres et des lieux, ce qui existe ailleurs. Alors, c’est comme un voyage initiatique, comme ce moment où le disciple traverse le pont qui le sépare du secret, du graal, et de lui-même.
Franchissant ce fossé, il franchit aussi, au fond, les barrières intérieures qui l’empêchent parfois d’avancer…
A l’ancienne (exercice de style)
« J’avais collé les miquettes à mon tenancier. Alors qu’il voulait m’obliger à rester plus longtemps, comme il avait l’habitude de le faire, je l’avais envoyé sur les roses. Pas méchant non, pas comme un ours qui file un coup de patte, et qui grogne façon carnaval.
Froidement, calmement, à l’ancienne, il a vu qui était Tonton.
Ca a résonné comme un coup de semonce le truc Bat :
« Tu vois cette horloge bonhomme ? Celle qui est là, juste au dessus ? L’aiguille a dépassé l’heure…
- Et alors ?
- Et alors à ct’heure, j’ai plus aucune raison d’écouter tes salades ! »
Ca lui a pas suffi…Comme il insistait, j’ai collé une avoine. Il a compté ses abattis… Il s’est relevé, a menacé de me virer, mais j’avais déjà pris la tangeante… Ca valait largement la sauce. Son boulot cradingue, sa dégaine, moitié pouilleuse, moitié sadique, rien ne m’atteignait plus. J’avais passé l’âge de me laisser emmerder. J’avais remis à sa place, en ébouriffant son toupet, ce blanc bec mal dégrossi qui avait jugé clean de me prendre pour un bleu…
C’était simple, efficace, et rapide, façon commando, aussi tranquille qu’un vieil aristo… Fallait vraiment avoir un grain, pour s’en prendre ouvertement à Tonton…
Le blouson sur l’épaule, la cravate détachée, je claquai la porte du bureau pour ne jamais y revenir. Mon avenir était devant moi…»
Le petit prince…
Etranger au jugement des autres, répondant à sa propre logique, amoureux de l’instant, amoureux de sa rose, triste de ce que font les grandes personnes, parcourant le monde, avec un regard curieux, philanthrope et franc, ne s’ennuyant jamais, il finit par s’en retourner dans sa bulle, sur son astéroïde, piqué par le serpent, et préférant son monde à lui, substituant à celle qui existe le filtre de sa propre réalité.
Triste parfois, mélancolique, poétique, il aime regarder se coucher le soleil. Contemplatif à l’extrême, son amour d’être et d’apprendre n’a de limites que celles que le monde lui impose, et le monde n’arrive pas à lui en imposer beaucoup : quelques sentiments humains, l’absurde des choses sérieuses, l’égoïsme, la bêtise…
Il compense… Il est capable de profiter pour son départ, d’une migration d’oiseaux sauvages, de marcher doucement vers une fontaine, de comparer son rire à la roue d’une poulie, au milieu du désert, en puisant l’eau du puits. Toujours ancrée profondément en lui, l’odeur de sa rose, sa couleur et sa voix le lancent comme une vieille blessure, qui se réveille les soirs d’hiver, mais qui lui rappellent qu’il est vivant, et qu’elle est là, jamais loin, toujours fidèle, toujours à lui, triste elle aussi d’être loin…
Je me sens parfois très exactement comme cet enfant des sables chauds, et si je vais dans le désert, je chercherai la dune où il est apparu…
Caméléon capillaire – suite
Selon qu’on les coiffe d’une manière, ou d’une autre, le résultat donne sur la personne une image totalement différente; premier de la classe, relax, psychopate, démodé ou cool… Les cheveux font l’être!
Essentiellement je leur donne un petit effet saut du lit (coiffé / décoiffé) ou bien je les lève façon surfeur californien. Mais je pars en voyage, et quand je pars en voyage (un grand voyage hein, pas le tour à vélo sur le canal de l’Ourcq, ni la visite de papi, à Melun) eh bien je rase tout. Et ça fait du bien. Les cheveux rasés, c’est comme quand on a payé ses impots, ou déposé ce chèque à la banque: un souci de moins, un truc auquel ne plus penser.
Mes cheveux sont vivants, ils défont régulièrement la forme que je leur donne dans l’objectif pur et simple de me ridiculiser, ce à quoi ils parviennent une fois sur deux…
Ceci pour hommage à ces compagnons de toujours, qui me cassent les couilles tous les matins, mais ont la gentillesse de ne pas vouloir me fausser compagnie, puissent-ils survivre au déluge capillaire biblique qui se prépare, et repousser comme sauvés par une arche identique à celle de Noé ! Et pour ceux qui voudraient encore creuser cette magie crânienne, c’est par là!
Journal Posthume de Stéphane Shlemhil

© RDT Info
Voilà trois jours que je sais. J’ai le sentiment étrange que commencer ce journal me précipitera vers sa fin… Si vous lisez ces lignes, c’est donc que je suis mort. C’est étrange l’annonce de la mort… Ca vous tombe dessus en quelques secondes. Un coup de fil et la messe est dite:
«Monsieur Shlemhil?
-C’est moi?
-Ici le laboratoire d’analyses médicales, nous avons reçu vos résultats.
-Ah… quelles sont les nouvelles?
-Eh bien la grande faucheuse passera vous prendre dans moins d’un mois, serez vous disponible?
-Je me débrouillerai pour me libérer…
-Eh bien c’est entendu, bonne journée monsieur Shlemhil, et profitez bien du temps qu’il vous reste…»
Et voilà. Le soleil a rendez vous avec la lune, et Stéphane a rendez vous avec la mort. Mon état m’inspire une étrange mélancolie, teintée de sarcasmes.
Il me vient des poèmes étranges, des parodies de choses acquises durant ma vie, de choses qui, finalement, ne serviront à rien:
«Demain, dès l’aube, à l’heure ou blanchit la campagne, je partirai… Vois tu, je sais que tu m’attends…»
Cette phrase me convient. Je l’ai imprimée, encadrée dans l’entrée. Elle me rappelle que demain, dès l’aube…
C’est étrange, de faire d’un être impalpable, inconnu, sauvage, et méprisé, une compagne virtuelle. J’ai des choses à faire, des notaires à voir, des parents à consoler…
Mourir à 35 ans, quand on a une vie sociale, c’est très fatiguant. On doit faire face à tout un tas de responsabilités…
Lundi 14 Octobre 2013 – 21h
J’ai eu une migraine atroce. Quatre jours d’hôpital. C’est facétieux une tumeur…
Je commence à réfléchir à ma soirée d’adieu. Il serait temps. Le médecin a été franc:
«Monsieur Shlemhil, il serait sympathique de mourir normalement. Cette crise ne correspond pas à mes pronostics! Cela pourrait me porter préjudice, prenez votre temps, on n’est pas aux pièces!
-Je suis désolé, j’essaierai de vous faire honneur, docteur!
-Je l’espère bien! Amusez vous, sortez!
-Merci docteur!»
Alors je réfléchis à ma petite surprise party. Qui est-ce que j’inviterai? Quelle musique jouerais-je?
J’en connais une de circonstance, mais il est probable qu’elle ne fasse pas rire tout le monde. Brel, le moribond.
«Et jveux qu’on, rie, jveux qu’on danse, jveux qu’on s’amuse comme des fous…»
En réalité, je meurs de trouille… Quand c’est qu’on me mettra dans le trou?
Mercredi 16 Octobre 2013 – 19h
Je suis encore dans un lit d’hôpital. Le médecin s’impatiente. C’est ma faute, il m’avait déjà donné un avertissement la dernière fois. Cette fois, c’est de la fièvre. Une bonne grosse fièvre. Le genre que si vous faites pas gaffe, vous pouvez subir une combustion spontanée, avant même de mourir de votre cancer… Ma femme a eu le bon réflexe, encore une fois. Elle a appelé le samu. Ils m’ont mis dans de l’air liquide, ça m’a refroidi.
Le samu, les médecins, sont sympathiques, ils sauvent la vie de ma tumeur. Elle a bien failli y rester cette fois ci. Finalement, cette combustion spontanée aurait pu me décharger du choix cornélien qui me tiraille en ce moment: cage à poule ou incinération?
Jeudi 17 Octobre 2013 – 20h
J’ai un virus.
Voilà: deux méchantes saloperies vont se disputer mon corps. Laquelle l’emportera?
A ma gauche,130 grammes à la pesée, surnommée «la dévoreuse de cerveaux», celle qui a remporté plusieurs millions de victoires à travers le monde, pour un nombre pitoyable de défaites, j’ai nommé Jessie «tumeur» Peur-de-mourir.
A ma droite, poids inconnu, surnommé «l’envahisseur d’organismes», le challenger: virus inconnu, inhabituel, orphelin, rigolo, faisant pousser des boutons dans le dos, et dont tout le monde se fout cordialement:
John «patient zéro» The road again.
Les docteurs cherchent encore, et je m’inquiète moi même. Si Mathilde, ma femme, lisait ce journal, ce n’est pas le samu mais SOS Psychiatrie qu’elle appellerait.
Vendredi 18 Octobre 2013 – 14h
Les médecins ont tout ce qu’il faut pour chercher quel est encore que ce virus étrange, et je peux sortir. Je prend le temps de le griffonner ici: je me sens mieux. Je crois que je vais préparer le marathon de paris, qui a lieu dans six mois.
Vendredi 18 Octobre 2013 – 22h
Ma femme est sortie de la salle de bains, et elle m’a trouvé allongé dans le salon, inanimé. Je me suis réveillé au bout de cinq minutes, sans son aide. Elle m’a engueulé, et j’ai été obligé de faire comme dans les films:
«Je n’ai pas besoin de ta pitié, je n’ai pas besoin de toi! Va t’en refaire ta vie!»
J’ai hurlé et claqué des portes pour faire plus vrai. Elle est donc partie. Je l’ai attendue toute la soirée, et finalement, Mathilde… est revenue.
Mon coeur arrête de brinqueballer…
Samedi 19 Octobre 2013 – 9h du matin
Je suis tombé dans un profond coma, suite à une attaque. A mon réveil un voile nuageux me couvrait les yeux. Tout le monde était flou, voyez vous? C’était rigolo, parce que j’avais toujours rêvé que ma vieille tante Catherine ne m’éblouisse plus par sa laideur insupportable. C’était maintenant chose faite!
Je me rappelle les champignons hallucinogènes que j’avais mangés une fois, ça me ramène à ma jeunesse de dépravé…
Ah 2003, époque bénie. Les voitures ne roulaient pas toutes seules, les téléphones portables n’avaient pas la taille d’une oreillette, les films holographiques n’existaient pas, mais les tumeurs mettaient quarante ans à vous tuer, des virus inconnus ne surgissaient pas dans votre organisme, vous donnant de la fièvre et des pustules sur le dos, et vous pouviez manger du poisson…
Ma vue est revenue assez pour que je discerne ce que j’écris. Les médecins n’ont aucune idée de ce qui m’arrive. Ils envisagent un nouveau scanner, parce que, disent-ils, ils préfèrent analyser mon cas tant que je suis encore en vie, ce sera moins intéressant après.
Ils veulent voir bouger mon cerveau en trois dimensions dans des couleurs chatoyantes et nacrées…
Mercredi 23 Octobre 2013 – 15h
Je tousse, j’éternue, j’ai mal à la tête, et j’ai des courbatures. Le scanner n’a rien donné, je suis retombé trois fois dans le coma en quatre jours, et je me demande bien pourquoi je me réveille…
J’aimerais autant que l’ange de l’apocalypse vienne m’emporter maintenant. Je suis fatigué; là je suis las.
Mathilde me regarde étrangement depuis quelques temps. Peut être a-t-elle eu une aventure extra conjuguale?
Un mec en bonne santé, un qui ne tombe pas dans le coma, qui ne lui hurle pas de dégager, un qui l’emmène en ballade sur le canal saint martin, en lui chantant des chansons mielleuses…
Un plus en forme quoi.
Mes jambes ne répondent plus. Le médecin est venu me voir :
«Alors Stéphane, vous tenez le coup?
-J’apprend l’usage du fauteuil. J’hésite entre le suicide ou le marathon de Paris version handisport.
-Ca existe ça?
-Je ne sais pas, mais il doit falloir une sacré force dans les bras».
Et je lui mime le mec qui sue sur son fauteuil, à donner frénétiquement de coups de roulettes vers l’avant. Ca ne le fait pas rire.
Je ne sais pas si j’ai le moral ou pas. Mathilde m’a dit que j’étais odieux, et que je cachais forcément un sentiment de tristesse, de peur ou de douleur, mais je crois en fait que je m’éloigne de moi même.
J’ai accepté l’idée de partir, mais je commence à penser que le plus tôt sera le mieux.
Qu’ils aillent tous se faire foutre!
Mercredi 23 Octobre 2013 – 20h
J’ai réfléchi. Je n’assisterai pas à mon enterrement, alors autant ne pas le faire en grande pompe. Je mettrais les sous sur le livret A de ma petite soeur Eloise. Mathilde se contentera de ma lucrative assurance vie.
Je dirai à Mathilde d’acheter du pain de mie et de la Rillette chez Leader Price, elle fera des tartines en triangle, avec une olive piquée au cure dent. Moi, dans un coin de l’appart (sans doute le bureau, c’est là que je passe le plus clair de mon temps) je serai allongé (les jambes pliées il est trop petit ce bureau) et les gens pourront me visiter, me baiser le front, ou déposer une gerbe.
Je n’ose pas imaginer la nature de la gerbe, surtout si Laurent, mon meilleur ami, décide de me rendre hommage à sa manière, (avec une bonne bouteille de vodka).
Je serai étendu sur des tréteaux, et dans la cave, six planches de bois à la découpe me serviront de tombes. On pourra me laisser là, ça donnera le frisson aux nouveaux acheteurs de mon appartement, et s’il y a une vie après la mort, et que j’assiste à cela en tant qu’ectoplasme planant, cette blague me fera tordre de rire outre tombe…
Samedi 26 Octobre 2013 – 15h
Les hôpitaux aiment vous lâcher dans l’après midi. Cette fois j’allais bien, mais je trouvais que ça faisait un moment que je n’avais pas fait un petit séjour aux frais de la sécu et de la mutuelle. J’ai simulé une crise, et ça a marché.
Un scanner supplémentaire est prévu, mes analyses de sang dénotent une activité anormale de mon système immunitaire, signe probable de la victoire de la dévoreuse de cerveaux. Je passerai sous le cerceau magique demain matin, à 6h… bande de pervers!
Dimanche 27 Octobre 2013 – 8h
Le scanner est passé, mais il déconne un peu. La tumeur n’apparaît pas bien sur l’hologramme de visualisation en trois dimensions. D’après l’image, elle ne mesurerait plus que la taille d’une pièce de 2 euros.
Si c’était le cas, les médecins pourraient l’anéantir avec la chimio, mais vu mon état, ils pensent que ces foutus appareils «made in china» font encore des caprices. Je repasse demain.
Lundi 28 Octobre 2013 – 8h
Je suis repassé au scan mais Rebelote. J’ai l’impression d’être un vieux cliché argentique qu’on veut travailler sous photoshop. Cette fois c’est une pièce de 10 cents ma tumeur.
Le médecin a réfléchi: il pense que le scanner est magique, qu’il a des vertus curatives, et qu’il crée une faille spatio temporelle qui fait revenir mon organisme dans le temps.
Je lui ai dit qu’il était indécent de fumer du hash en présence de ses patients, et il a éteint sa roulée en grognant.
Mardi 30 Octobre 2013 – 10h
Je ne tousse plus, ne transpire, plus n’ai plus de fièvre, j’ai faim, je n’ai plus mal. Si ce sont là les râles de l’agonie, j’en prendrai bien encore un peu…
Tout ça sans morphine, merci la faucheuse!
Mercredi 31 Octobre 2013 – 15h
Je suis chez moi, dans ce bureau, future chambre mortuaire. Je pense mourir bientôt. De la même façon qu’un ami vous a dit «j’arrive tout de suite», j’attends l’ange de la nuit.
Je n’ai pas envie d’écrire en ce moment. Beaucoup d’hôpital, de temps passé à regarder les médecins passer du temps à étudier mon cas, et l’impression sordide que tout ce que j’ai consigné dans ce carnet, jusque là, fait de moi une espèce de monstre immoral. Je vais tâcher de dormir un peu. Peut être ne me réveillerai-je pas…
Jeudi premier novembre 2013 – 21h
Je suis toujours chez moi. Ca commence à bien faire, il faut savoir mourir!
Vendredi 2 novembre 2013 – 11h
J’ai reçu un coup de fil étrange. Etre le patient zéro d’une maladie orpheline, et avoir une tumeur au cerveau en même temps, crée des scènes parfois surréalistes. Un type, expert et étranger, me parlait avec un accent étrange. J’ai déjà entendu ce genre de chose, quand j’étais petit, et que je regardais Hubert Reeves à la télé, le barbu astrophysicien qui racontait les planètes.
J’irai ce soir à l’hopital, pour subir une intervention spécifique, et refaire un scanner. Ils en ont trouvé un vieux dans leur cave à bricoles, ça devrait faire l’affaire.
Samedi 3 novembre 2013 – 9h
Les docteurs sont des incompétents: ma tumeur aurait disparu… Je trouve que c’est un peu fort de balader les gens dans des considérations comme celle là. On ne prend pas rendez vous avec une star comme the Dead one, pour vous le faire décommander au dernier moment. J’ai insulté les infirmières, et craché sur quelques internes.
Et puis Hubert Reeves a débarqué, l’air jovial et plein de bonhomie, je l’ai trouvé indécent. Il m’a déclaré que j’étais totalement guéri, mais qu’on allait se revoir souvent.
Il a dit qu’il avait besoin de moi, que je révolutionnerais le monde de la médecine de ces cinq prochaines années.
J’ai contracté, dieu sait comment, le premier virus capable de guérir. Il se nourrit de cellules malades et anormalement constituées, draine l’organisme, et sur-active les défenses immunitaires.
Hubert me regardait, les yeux brillants, comme si j’étais le sauveur du monde. Il m’a demandé comment ça allait. J’oscillais entre l’euphorie et la crise de larmes. J’ai eu envie de lui sauter au coup et d’embrasser sa barbe généreuse, j’ai eu envie de hurler ma joie de vivre…
Diphtérie, Tétanos, Polio, Palu…
J’ai fait ce matin des vaccins en prévision du départ. DTP (diphtérie, tétanos, polio), et hépatite A. « Cela aura peut être des effets secondaires » avait dit le médecin. Et effectivement, à l’heure où j’écris ces lignes, j’ai la diphtérie. Maux de têtes insupportable, envie de vomir, fatigue, et une température qui monte…
Sinon c’est l’hépatite, je ne sais pas quels sont les symptômes de l’hépatite ? Ou bien Polio, j’en ai toujours entendu parler, sans vraiment savoir ce que c’est… Polio me fait penser à scoliose, et j’ai toujours eu l’impression d’une maladie qui vous fait marcher de travers ou qui vous rend bossu. J’espère seulement ne pas finir bossu. C’est comme le tétanos, c’est pas glamour, on a l’impression qu’on peut l’atrapper en se piquant avec un clou rouillé…
« j’ai atrappé le tétanos en inde…
- Mouah ah ah! Je te crois pas! tu t’es piqué avec un clou rouillé, looser! »
A la limite la diphtérie c’est classe, un genre de fièvre, une maladie exotique… A choisir je préfère avoir ça…
On peut se la péter en disant « j’ai atrappé la diphtérie en inde »!
Nouvelles
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De Paris jusque Delhi
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Le ciel est chargé de nuages, l’air est chargé d’eau de pluie, et pourtant la route est claire. J’ai jusque vendredi à tourner en rond dans une pièce ronde, envahi par des musiques de films, des images pleines de couleurs, en sachant à moitié à quoi il faut s’attendre…
Mon « intuition » profonde de l‘avenir ne m’avait jamais aussi violemment envahi. L’impression que ce voyage va changer profondément mon existence. L’impression que du haut de mon pigeonnier, enlacé par les chants et l’optimisme de Swades, K3G, Rab ne Bana di Jodi, et autres films, l’inde s’invite déjà un peu chez moi, vient déjà me chercher, pour m’emporter… Un appel omniscient… Une impatience qui plane…
Je sais pourtant ce qu’est partir… Mais là, une poudre rouge, jaune, verte, semble, volatile, danser autour de moi.
C’est comme si, du haut de ce perchoir arrondi, la pluie, le gris de ce mois d’aout n’existaient pas ; J’imagine une force semblable à un nuage, multicolore, venant doucement envelopper nos cœurs et nos corps. Tout va tourner, s’engouffrer, ressortir, bousculer…
Je ne sais décrire à l’avance ce que je vivrai dans une poignée de jours, mais il me semble déjà y être, il me semble déjà avoir décollé de cette grise et parfois si mécanique métropole, avoir déjà mis un pied dans la liberté de l’ailleurs…
il me semble, en cet instant, que je ne suis déjà plus là, que je n’écris pas vraiment depuis mon bureau…
Il me semble, en cet instant, qu’en fermant les yeux, je les rouvrirai dans les rues animées de New Delhi…
S’adapter
Dans le voyage, une des choses qui me frappe le plus, est cette capacité d’adaptation qu’on finit très vite par avoir… On s’adapte aux paysages, aux peuples, à la faune et à la flore comme ça, en quelques jours. Alors même que nous avons vécu trente années de nos vies dans notre vieille europe, avec nos habitudes, avec nos compagnons, on sait délaisser tout cela pour autre chose; tout, ailleurs, devient aussi habituel que si on l’avait toujours vécu ainsi…
Prendre un rikshaw qui roule à toute allure dans les rues de Jaipur, dépasser un dromadaire tirant une charrette, contourner une vache sacrée au milieu de la route, et croiser des touks touks à vélo transportant des grands mères en sari devient tout à fait normal à nos yeux… Aussi simple et banal que de dire «namaste».
Le tragique destin du criquet indien
Lorsque vous prenez un train sleeper class (couchettes) qui roule toute la nuit, et que de surcroît vous prenez ce train dans un autre pays, il peut arriver des choses étranges. Lorsque le train de nuit Udaipur / Delhi, qui met 12h30, s’arrête à une escale, que les lumières à l’intérieur sont allumées, cela attire des criquets. De gros criquets indiens, qui sautent à l’intérieur du wagon, chassés par les mouvements habitués de la population locale.
Quelques touristes aussi, dans quelque obscur wagon, sautent parfois au plafond en voyant l’animal, pourtant inoffensif…
Moi ça me rend triste. Triste parce que de tout le voyage je n’ai pas aimé Delhi, ville pleine de bruit, d’une euphorie stressante, oppressante, où la densité vous bouscule quoi que vous fassiez, et où que vous alliez…
Du coup je pense à ce pauvre criquet, attiré par la lumière, qui saute dans le train à Udaipur, avec l’innocence un peu bête qui caractérise ce genre d’animaux, sans imaginer que dans une poignée d’heures, il aura parcouru 735 kilomètres, et se retrouvera donc à mille bornes de son habitat naturel, dans lequel, peut être, il avait ses habitudes, une vie sociale, dans lequel, peut être, il chantait la nuit, en regardant passer le train que ce soir il aura pris…
Face à soi…
Le moment crucial, celui qui, sans doute, changea tout, fut déterminant, est celui-ci. Pushkar est une petite ville, à l’ouest de Jaipur, à laquelle on accède en passant par Ajmer, et en prenant le bus. Elle entoure un lac sacré, et possède le seul temple dédié à Brahm?, le dieu des dieux (voir ici). Autour du lac, des escaliers, qui y mènent (les gats) sur lesquels il est interdit de marcher chaussé. J’ai trouvé dans ce lac sacré un écho, un son qui me renvoyait à moi même… Tout alors s’est envolé. Un cadeau du dieu? Une offrande miséricordieuse, la paix?
C’est donc les pieds nus que l’on vient se poser sur la dernière marche du Gat, contempler la magie de ce lieu qui ne ressemble à aucun autre; et l’on entend les chants sacrés, et l’on se dit: « je vais partager l’eau des tortues ». Alors on descend un peu, marche après marche, sans rien comprendre ou ressentir vraiment et puis soudain tout change. Quelques marches et tout est différent, quelques marches et le lac devient votre égal. Vous avez les pieds dans le lac, le lac réunit tous les hommes le lac vous relie à l’univers, vous entendez les chants, votre horizon devient cette étendue qui soudain devient vous…
Et tout à coup s’envolent vos doutes, vos inquiétudes, votre stress urbain, vos douleurs. Vous planez, étranger à vous même, étrange à vous même, tout devient facile. Nulle épreuve n’existe plus, nulle difficulté, tout s’affrontera désormais avec aisance et agilité. Les vraies valeurs vous apparaissent aussi clairement que le superflu. Il n’est plus besoin de rien, quand on est dans ce lac, et qu’on écoute doucement ce qui vient du fin fond de soi même…
C’est pas mon problème
Nous vivons dans l’ère du « c’est pas mon problème ». Ne dites pas que vous avez eu un souci, car c’est le vôtre, pas celui du voisin, pas celui de votre boss, ou de votre guichetier de la poste ou des impôts.
« Vous auriez dû prévoir », on vous dira.
« Votre courrier n’est pas arrivé ? Il fallait l’envoyer en recommandé, ce n’est pas mon problème. »
C’est l’ère du « pas droit à l’erreur » l’époque du « chacun reste à sa place ». Vous, moi, lui…
N’espérez pas attendrir qui que ce soit, vous vivez dans l’époque du « jm’en bat les couilles ».
Dans un sale Etat…
Ainsi au hasard des errances sur le net, les sites de vidéos comme youtube ou dailymotion, que je délaisse en ce moment largement au profit du site de l’INA, je découvre que la personne qui s’oppose le plus violemment à Sarkozy en ce moment au sujet des roms, et de la politique démago nécessitant le gain de voix par avance (même stratégie qu’aux précédentes élections, et on tombera dans le panneau tout comme) est Dominique de Villepin.
Les vautours pour chasser les hyènes… C’est qu’on est quand même dans un sale Etat…
La lutte contre les momos…
L’intégrité de mon intimité n’a jamais fait les frais d’une quelconque menace. Hormis ces immondes et pourtant universelles mines que l’homme pose oú il peut, et selon les circonstances, rien n’est passé par là, sauf peut etre un ou deux suppos imposés par ma mère quand j’étais petit et malade. Quel ne fut donc pas mon étonnement, en me réveillant ce matin, d’avoir l’impression que le rer e m’est passé dans le petit! Ah, me dis-je? La traduction physique d’une réminiscence d’abus sexuels sur ma personne étant bébé, réminiscence qui se serait manifestée dans mon sommeil par l’intermédiaire de cette balance de subconscient? J’ai pourtant eu une enfance heureuse, et pas le moins du monde le souvenir ni le sentiment d’avoir été approché par un quelconque spécialiste de la profession (profs de musique, pretres, ou militaires en permission…). Qu’à cela ne tienne, je vais faire caca. Mon subconscient se débrouillera avec lui même quand je re-dormirai. Alors, assis et insouciant, je me retrouve devant l’atroce vérité…
Soit j’ai mangé, hier soir, une salade de lames de rasoir, soit j’ai atrappé quelque chose au saint fion. Ayant la pudeur d’une vieille pute en fin de carrière, j’oserai vous dire que la seconde hypothèse était à la fois la bonne, et la plus probable, n’ayant aucun passif de fakir. Désireux de garder intacte ma virginité anale, je redoute donc immédiatement le toucher rectal pratiqué avec tendresse par les médecins de france et de navarre… L’auto médication me semble donc appropriée. Ni une ni deux, j’envoie un sms à deux personnes de mon entourage qui avaient osé m’en parler, lorsqu’ils ont fait face à ce terrible fléau des hommes et femmes du monde, dont on ne doit pas prononcer le nom et qui rime avec tabloïdes. L’une me préconise une pommade, et l’autre de boire beaucoup de jus de pomme. Comme avec tout ca, je suis déjà en route pour le taff, j’achète à franprix une bouteille de 100 % pur jus d’un litre, que je bois en deux heures. Cela a probablement des vertus curatives naturelles, permettant au sang de se fluidifier, et aux momos de se réduire? Non! Me répond-on par sms après que j’ai posé la question, et après aussi que j’ai tout bu. C’est juste pour aller plus facilement aux toilettes…
Effectivement, je confirme le pouvoir laxatif du jus de pomme 100 % pur jus… J’embaume les locaux à plusieurs reprises, espérant que le nombre de personnes présentes et la proximité des bureaux empêche quiconque de deviner qui a pété.
Entre deux accalmies, et non sans avoir vu mes collègues augmenter la clim, et traiter de « vrai porc » celui qui fait tout ca secrètement, l’exhortant à faire montre de respect en allant aux wc (l’est con lui, si je fais ca jme dénonce), je profite d’internet pour chercher une méthode sans T.R. J’en trouve, j’en trouve même trop. Ca va de la pommade aux gellules de phyto thérapie, en passant par le miel, les noix écrasées dans du vin chaud… Et pourquoi pas se tapisser le cul avec du nutella? Je passe aussi sur les gens qui vous diagnostiquent un cancer de la prostate ou une trombose, en se basant sur l’expérience de leur oncle qui a du se faire opérer d’urgence… Sur un site sérieux néanmoins, je trouve une pommade qui semble efficace et que j’achète donc auprès du pharmacien, qui est d’ailleurs une pharmacienne très jolie, qui probablement, au vu de son regard concerné, sait exactement ce qu’est le titanoreine que je viens de lui demander… C’est mal barré pour avoir son numéro! Elle précise par ailleurs, levant ainsi tous mes doutes concerant son ignorance du produit, qu’il contient un anésthésiant qui va soulager la douleur… Effectivement, à l’heure ou j’écris ces lignes, je puis vous assurer que ce n’est pas une mythomane. Arrivant chez moi, accompagné du produit et de mon habileté habituelle, il me manque une main. En effet, après avoir ouvert le tube, je réalise que l’embout de plastique de la pommade est emballé lui même dans un plastique. J’ai besoin de mes deux mains pour déballer, et le tube de pommade aux anésthésiant finit donc entre mes dents le temps d’ouvrir correctement le sachet. Ce qui devait arriver arrive, mes lèvres se retrouvent tapissées d’un peu de crème, étrennant le produit avant même mon annu! Et deux minutes après, les voilà ankilosées comme du poisson pané pas encore décongelé. C’est le même effet que quand on se réveille d’une nuit de sommeil durant laquelle on a dormi sur son bras. Bien sûr le téléphone sonne, bien sûr c’est un appel important et je ne peux de plus pas forcément décrocher vu la position délicate qui est la mienne…
Pour conclure, à l’heure ou j’écris ces lignes, assis dans mon canapé, j’ai le passe muraille anésthésié, et j’espère fortement aller mieux demain. Ce truc touche 80 % des adultes hommes ou femmes, est trop tabou pour etre évoqué; cela se soigne pourtant facilement pour peu qu’on fasse ce qu’il faut faire…
Si demain j’ai encore mal, j’essaiera le nutella!
L’inde et les lentilles et les mecs qui n’adhèrent pas…

Les ophtalmos étaient incapables de diagnostiquer d’où provient ma conjonctivite chronique, et incapables également de prendre le risque de m’autoriser le port de lentilles… Me retrouvant, au hasard des circonstances et des occasions, dans un pays où vous achetez vos lentilles pour le tiers du prix, et sans ordonnance, j’ai décidé de tenter le coup… Alors j’y arrive une fois sur deux. Dès fois la lentille adhère, et des fois non… Souvent non. J’ai pas la technique! La lentille de contact me ressemble… Elle n’adhère pas toujours… Elle n’accepte pas toujours le contact, ne répond pas mécaniquement… C’est l’accessoire qu’il me fallait, celui qui, quand c’est possible, m’aide à me départir de cette image fausse de niaise innocence qui semble si souvent me coller à la peau…
As-tu ta dose?
De bon matin, après m’etre pressé de finir un truc pour le boulot, après m’etre douché, habillé, j’ai faim… Mangé léger la veille, besoin d’une dose… Il est 8h00, je me fais un sandwich saucisson et je pars avec. Je me sens euphorique, comme un héroinomane qui vient d’avoir sa dose in extremis, en promettant de la payer demain. J’en salive d’avance, faisant tout ce que je peux pour ne pas me shooter en pleine rue mais jpeux, pas c’est plus fort que moi. Je mange mon dwitche sur le quai du tram, devant tout le monde, comme un exhibitionniste qui dévoile ses vices et ses parties sans aucune espèce de pudeur… Plus loin, je vois un homme en train d’attendre l’ouverture presque effective du bistrot; alors, par la pensée, je le rassure:
» t’en fais pas mec, moi je te comprend… »
Les visionnaires sont des connards…
On peut se le dire, parfois, à la lumière de quelque réflexion, les visionnaires sont des connards…
Ils imaginent le monde de demain. Ils croient inventer l’énergie atomique, elle sert en fait à fabriquer la bombe A, ils croient vous faire plaisir en proposant des princes double saveur (moitié chocolat, moitié lait) et vous êtes juste dégoûtés de ne l’avoir pas remarqué avant d’être arrivés chez vous…
Les visionnaires, quand même, parfois, vous préviennent de dangers imminents qui vont vous tomber sur le coin de la gueule, et là, on les regarde comme des démons. Les visionnaires qui vous disent « attention, là je sens l’enfilade avec du gravillon, et sans égards pour vos hémorroïdes !» et que vous regardez comme des types avec une toge et une barbe blanche, qui marchent pieds nus dans les locaux de votre entreprise, avec une cloche à la main, disant « c’est la fin du monde ! C’est la fin du monde! »
Quelques mois plus tard, cependant, le derrière en chou fleur, vous vous direz « il savait, et il n’a rien fait ». On sait parfois être bien aveugle, et quand cela nous porte préjudice, on sait ensuite ne pas être responsable de nos cécités…
Le sadique est cohérent !
Dans le milieu professionnel, surtout, on se retrouve face au sadisme, souvent. Et ce sadisme, souvent n’est pas combattu. On subit, avec douleur, les méchancetés du sadique…
C’est quoi la solution ? Face à tout ça ? Tina Arena chantait une chanson imbuvable qui dit « aller plus haut », et moi je chante une chanson imbuvable qui dit « aller plus loin ». Mais cela est impossible ; impossible car incompatible avec l’inertie ambiante, avec l’individualisme, avec l’ego. Tous ces gens qui discutent entre eux de combien ils sont harcelés moralement, épuisés, comme ça peut être une honte de se comporter comme cela avec eux, et puis ? Et puis c’est tout… A partir de quel moment la flamme de la révolte brûle-t-elle dans les yeux des hommes ? A quel instant le déclic se produit-il ? Jusqu’à combien de degré faut-il faire chauffer l’eau avant que cela brûle ? Faut-il mourir, à petits feux pour avoir un sursaut d’agonie? Je suis intolérant, certes, dur envers ces gens qui souffrent, qui sont dans un cercle infernal, une boucle, et pourtant, pourtant, je n’arrive pas à m’empêcher de penser que s’ils ne sont pas capables de se révolter, ils sont acteurs de leur malheur, victimes d’eux même…
Pourquoi ? Parce qu’un sadique est cohérent avec lui-même ; un sadique appuie là ou ça fait mal, et quand tu souffres, il est content. Mais un sadique n’est pas courageux, s’il lui plait de faire souffrir, c’est parce que la souffrance lui fait horreur, parce que la sécurité est une donnée importante de son psychée. Le sadique a besoin de cette sécurité et si tu engueules le sadique, il s’écrase et devient la victime le temps que ça passe.
Le sadique est cohérent ! Ne l’est pas sa victime, qui contient en permanence son désir de lui faire la peau…
dessin Laurent ALAMERCY
L’infiniment petit
Einstein, émettait l’idée d’une relativité voulant que nous puissions être tout aussi bien grands que petits, que nous écrasions une fourmi, ou soyions écrasés par des montagnes… Une petite peur peut naître alors dans le cœur de qui n’est pas valeureux: l’idée d’une entité créatrice supérieure, d’un Dieu, omniscient, omniprésent, qui viendrait nous sauver tous de la merde dans laquelle nous sommes, ne tient pas si nous sommes infiniments petits. Si notre univers est contenu dans ce qui pourrait être un grain de poussière, pour un être infiniment grand qui nous aurait conçus, une expérience ratée parmi d’autres, mais dont l’impact destructeur type 2012, ou guerre nucléaire, n’aurait pas plus d’impact aux yeux de cette entité qu’une morsure d’accarien, nous sommes bien complètement dans la merde!
Aucun intérêt pour lui, ce Dieu, ce Grand des Grands, de sauver ce qui ne représente pas plus, à ses yeux, que d’écraser un moustique. Degré de culpabilité zéro! Dès lors, si nous provoquons l’apocalypse, le garde fou qu’est la venue prophétique d’un messie annoncé par tous les religieux fanatiques, ainsi que les écrivains de science fiction, n’existera pas, on peut toujours se gratter !
En 2012, nous crèverons tous dans notre merde, et personne ne viendra, comme dans un film de série B, nous en sortir in extremis!
Le théâtre, la télé, la romance et les bâtards…
Ces dernières semaines, je suis allé plus d’une fois au théâtre. Je ne compte plus… J’ai vu Nono, cette pièce dans laquelle Julie Depardieu joue le rôle d’une jeune femme frivole, aimant le luxe, et se servant de ses atouts pour être entretenue par les amants qui veulent, le tout avec une naïveté toute adorable.
Après c’était la Parisienne, de Henri Becque, avec Barbara Schulz, pièce dans laquelle une manipulatrice manipule mari et amant, et même un peu l’état français, prouvant par la même occasion que les femmes pourraient prendre le pouvoir si elles avaient conscience du leur. Puis c’était une Paire de gifles, des histoires courtes et enchaînées d’amants trompés, de cocottes déchues, tout cela enrobé dans un sucre guitryesque auquel on prend rapidement goût. Entre tous ces spectacles, je me suis retrouvé à un moment donné dans les loges du moulin rouge, devenu pour l’occasion un studio de télé. J’y ai croisé Ruquier et Gildas, le plus naturellement du monde…
La vie est étrange, elle semble parfois bien plus romance que la réalité. Ces pièces qui vous plongent dans des bouts d’existence qui ne sont pas les vôtres, comme si des amis discutaient dans leur salon, et vous y invitaient… ce plateau de TV surréaliste dans un lieu mythique, où des artistes en devenir, des techniciens, et des personnalités du PAF déambulent devant vous comme s’ils étaient dans le même wagon métro…
Et au milieu de tout ça, un peu étonné, surpris, émerveillé, je me trouve, comme pris de toutes parts par des étoiles filantes, ne sachant pas par où regarder. Evidemment, pour saupoudrer sur le gâteau, quelques bâtards qui tâchent de vous gâcher la vie… C’est ainsi. Ils sont risibles, mais tellement drôles, créent un contraste tellement flagrant entre la réalité objective de ce qu’ils sont et la réalité toute subjective de ce qu’ils croient être…
Ceux là écrivent des chansons pour Johnny, et les lui envoient en espérant se faire un nom dans la chanson, vont voir des spectacles, les filment avec leurs téléphones portables, et les diffusent sur internet, ou profitent de ce vecteur qu’est la télé pour faire du buzz sur le dos de gens qui travaillent dur et depuis longtemps (et sont par ailleurs mes amis)…
Tout cela est plus drôle que triste, plus agaçant que blessant, mais tout cela peut déstabiliser… Pourtant, cependant, l’existence humaine est vraiment trop belle, et il ne saurait être un tableau qui ne la peigne si noire que cela…
Que la lumière soit!
errances nocturnes
J’allais dans les nuits, éveillé, usant mes yeux sur le monde…
Je me trainais, las, dans une errance mi-torturée mi-salvatrice, pensant tantôt au suicide, tantôt à la liberté, cherchant parfois, avec une violence éperdue, le chemin qui était le mien.
Par où ? Par où pour que les choses aient un sens ? Seul refuge que je connaisse : substituer à la brutale réalité de l’existence ma réalité alternative, augmentée, une réalité dans laquelle tout est tellement drôle d’absurdité, dans laquelle l’utopie existe, crée de mes mains, de mes pensées, de mes idées; je me sentais, bien souvent, comme un guerrier ; abandonner n’existe pas, lutter est aussi vital que l’oxygène que je respire, lutter jusqu’à la fin, travailler la matière jusqu’à la sculpter totalement, définitivement.
Non, cet univers qui est le mien, ce monde du travail tellement théâtralisé, cruel, et doucereux, tellement faux et manipulable, et manipulé, ne me convient pas. Il me laisse du temps mais un temps absurde, un temps que j’emploie à veiller au lieu de rêver, un temps dans lequel l’obscurité, plutôt que me bercer et me faire dormir, me porte comme un dragon noir dans l’atmosphère usée par les gaz toxiques des pots d’échappement. Je crois pourtant, comme Mark Twain, que si l’on ignore que quelque chose est impossible, on peut alors le réaliser, et comme le Che, qu’il faut être réaliste à l’exiger…
Sur les cendres de cette tristesse qu’est le monde dans lequel nous vivons, j’ai la prétention de vouloir bâtir des châteaux d’argent, et des ponts d’or entre les hommes.
Avant, au lieu de, par-dessus, devant, malgré, plutôt que…

L’amour propre avant l’amour,
La révolte au lieu du conformisme,
Le courage par dessus la peur,
L’espoir devant la détresse,
Avancer encore, malgré la fatigue,
Dire des conneries plutôt qu’être en colère…
Clipart, pourquoi nous faire ça ?
Cherchant à illustrer un de mes textes, et rédigeant par ailleurs avec word, je me suis dit « tiens, pourquoi ne pas utiliser une bibliothèque d’images libres à laquelle on ne pense jamais, et que personne n’utilise jamais ? Oui, je vais jeter un œil aux cliparts disponibles dans word, lorsqu’on fait « insertion, images, image clipart » ! » J’arrive au constat sans équivoque que je comprend parfaitement pourquoi on ne s’en sert pas… Si on passe sur le design affreux, le choix surprenant des couleurs, la qualité des dessins, l’incompréhensible de l’objet général, il reste après avoir inséré un clipart dans un texte, un goût amer à la bouche, comme si on avait bu du viandox. Quand on place un clipart sur une feuille, on a tout de suite l’impression qu’il va se mettre à clignoter, et qu’une musique midi ultra bruyante va se déclencher sur un air d’Alexandrie, Alexandra…
Une galerie de dessins douteux, moisis, qui donnent envie de vomir ; des monstrueuses agressivités oculaires (voir ci contre, l’homme aux neuf yeux chez un ophtalmo pour extraterrestres, si on se réfère au tableau de lecture sur le mur)…
Petit florilège de ces barbaries visuelles, commentés par mes soins !
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Ceci est sensé illustrer l’approche d’une fête d’anniversaire. Destiné probablement à orner les cartons d’invitation imprimés soi même avec une lexmark grand public dont l’encre bave et les couleurs sont mal mélangées (l’accessoire ultime de tout beauf qui se respecte)… Si je reçois une invitation avec ce genre de déco, je crois que j’irai à la fête rien que pour casser la gueule de son auteur, même s’il a dix ans !
Des gants de boxe roses avec un symbole Sidaction sur la manchette…
J’y vois là du racisme manifeste, la volonté d’association gay/sida, et une forme d’ironie moqueuse
à l’encontre des homos qui monteraient sur un ring. Ce clipart a quelque chose de honteux et révoltant
de par sa nature et sa forme condescendante…
Le père noël de cette image a quelque chose de flippant.
On dirait un pédophile déguisé pour pécho des enfants…
Je me suis demandé en voyant cette image : que regarde cette secrétaire au pull méchamment violet sur cet écran d’ordinateur. J’ai pensé d’abord à une vidéo des attentats du 11 septembre, mais y’a trois tours au lieu de deux… En plus elle a l’air en train de taper sur le clavier. J’en conclus donc que ce n’est pas une secrétaire mais une femme qui ne trouve pas de mec (en raison probablement de sa tenue vestimentaire) et que les trois fenêtres sont des conversations msn simultanées avec des hommes dont le physique doit à peu près ressembler à celui du père noël ci-dessus.
Que je sois pendu si je devine le sens marketing de cette image…
Un type qui fait visiblement beaucoup de muscu, porte une mallette noire dans sa main gauche et une énorme ampoule dans la droite.
Son genou gauche est à te









